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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 22:13

 

Déserter et la langue et la terre, les dunes le sable et ces voix qui emplissent la bouche. Déserter toujours Tarik sait qu’il s’agit de déserter, partir, rendre les armes comme chacun doit rendre les armes à vingt-cinq ans, et seulement avancer, déserter. Vivre si loin mais vivre. Devenir le chemin. Faire confiance au nom. Déserter le souvenir, déserter la guerre qui depuis des années. _____________________ Tarik est perdu il a ________________
_______ vingt-cinq ans _________ il a déserté ______________
___ et _____________ le souvenir ________________________
sous le sable le père la _____________ mère _______________
_________________________ les ________________________
_____________ sourire // voix // bouches

 

                                   angles étranges

 

                  balles // bombes // obus

 

                                                     seulement les

                                                     dunes le

                                                     sable

 

                  la guerre

 

Tarik a vingt-cinq ans, il est jeune, il est égaré. Tarik a vingt-cinq ans il est perdu et à vingt-cinq ans, il faut déserter. Seulement habiter la frontière, la limite. La faille. Tarik a un nom et ce nom, ses parents, chemin première étoile, le lui ont confié comme on confie _______________
___________________________ un égarement.

 

 

 

 

Tarik a vingt-cinq ans, cela fait cinquante ans que Tarik a vingt-cinq ans, peut-être des siècles et des silences. Tarik a vingt-cinq ans, il a connu la dislocation des corps. La combustion des chairs. La fracture des os. Mais à la mort Tarik a toujours opposé le rire. Car c’est bien la seule protection, le seul chemin contre et vers l’inévitable désastre. Tarik a raison, rien n’est plus drôle que ce monde bien délimité, bien découpé, bien organisé et pourtant sens dessus dessous.

 

 


Par Tapages - Publié dans : Textes - Communauté : écriture "expérimentale"
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Vendredi 14 juin 2013 5 14 /06 /Juin /2013 23:45

 

 

 

Tarik est jeune, il est un homme. Tarik a vingt-cinq ans hier, et parfois cinquantevingtcinq ans lorsque la nuit est lourde, la région inhospitalière, les jours passés à dormir à même le sol douloureux dans sa nuque, et le sable, les bottes, le sentiment de n’être rien. Le corps se brise mais le corps avance, Tarik est là, il est jeune, Tarik a vingt-cinq ans depuis des siècles, il avance et avancera toujours, car son nom. Car sa terre. Sa langue et ses dents comme des stèles. Sa terre. Tarik parcourt toutes les terres, il ne sait pas comment c’est possible. Comment c’est possible d’être partout chez soi, nulle part chez soi. Comment c’est possible de voyager, ou plutôt de crever d’une minute à l’autre, dans des soutes / des trains d’atterrissage / des camions frigorifiques / des bennes / des wagons de marchandises / des montagnes nues et des déserts sans nombre / des postes de frontières / des terrains minés / des zones de guerre / des eaux à traverser / des barques échouées /

 

et surtout l’indifférence de ceux qui ne savent plus ce qu’est la souffrance.

 

 

 

Tarik avance et avancera, il est le chemin conquérant, Tarik a vingt-cinq ans mais ses souvenirs et les vôtres le hantent. Comment la bouche du père s’est un jour refermée, si loin du corps et si près du sol. Comment le visage de la mère, face contre ciel et le sable déjà creusant les sillons des rides. Tarik est jeune, il a vingt-cinq ans, il est seul comme on est toujours seul à vingt-cinq ans, lorsqu’on choisit de ne plus. De ne jamais avoir. De rester. De toujours avancer et quand bien même nulle part, toujours avancer. Tarik a vingt-cinq ans hier et depuis des siècles, la bouche close de son père, le visage de sa mère, lui ont confié un nom et une marche à ne jamais cesser des siècles et des stèles. Tarik est perdu du haut de ses vingt-cinq ans, mais il sait. Il sait que le chemin mène toujours quelque part. Que la première étoile indique toujours le Nord. Que l’amour se partage encore. Que l’abolition des frontières se conquiert sans cesse. Qu’il existe des hommes bons de chaque côté de la mer. De chaque côté de toutes les mers, tous les océans, toutes les montagnes, tous les déserts. Que ceci est et sera à jamais, comme le sol qui appelle le pied, et le souvenir l’oubli. Tarik a vingt-cinq ans, c’est un très vieux jeune homme, il n’a jamais cessé. Il n’a jamais.

 

 

 

Tarik a vingt-cinq ans maintenant, il avance lourd, il avance lent, comme il est seulement possible d’avancer à vingt-cinq ans. Tarik est une disparition. Il sait que dehors plus rien. Et le silence, et l’oubli. Il sait que dehors le sable, recouvrira tout. Tarik avance toujours, sans être là. Il a vingt-cinq ans hier et à vingt-cinq ans, on n’est jamais vraiment là. Mais il avance car son nom le veut, et la terre est brûlante sous ses pieds, le pays inhospitalier, peuplé de mauvais regards, de mépris, de méfiance et de douleur aussi. Pourtant, Tarik a cinquantevingtcinq ans, son sang coule toujours dans ses veines. Il bat palpite coule. Son sang a abreuvé tous les chemins, tous les pays, toutes les guerres. Ce sang a bâti des murailles, dressé des palais, des temples, engendré des gouvernements, augmenté la production des usines. Pour que seulement d’autres se sentent moins immobiles, moins silencieux. Moins seuls. Tarik est un jeune homme, des milliers de chemins courent dans ses veines. Des milliers. Mais Tarik n’habite nulle part, la marche est sa demeure. Et la terre toujours brûlante sous ses pieds, comme si en-dessous les regards du père, les yeux de la mère, perçaient.

 

 


Par Tapages - Publié dans : Textes - Communauté : Littérature d'avant-garde
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Lundi 10 juin 2013 1 10 /06 /Juin /2013 11:20

 

 

Tarik a une langue. Tarik est jeune, il est perdu à vingt-cinq ans comme tous les jeunes sont perdus à vingt-cinq ans. Mais Tarik a une langue. Une langue emmêlée, tressée, perdue. Tarik a une langue et un nom. Une langue comme le chemin, en mouvement, sans frontières. Et un nom, la première étoile, celle qui guide comme le chemin.

 

Une langue qui dit [respirer] [avancer] _______________________________ ces images dans et dans et dans la ________________ tête ______________dans la _____ le ______ les ______ la __________ tête _____________________ feu /// balles /// bombes /// angles étranges /// déchirures quotidiennes /// angles étranges /// pièces morceaux bouts fragments écla

                                                                                        boussures

 

                                   angles étranges

 

 

Tarik a vingt-cinq ans tous les jours, il est jeune comme on est jeune à vingt-cinq ans. Sa langue ne s’arrête pas. Sa langue avance et se perd. Car se perdre est toujours emprunter l’autre chemin. Le bon chemin. Celui qui ne mène nulle part alors partout. Partout. Partout.

 

Tarik est jeune, c’est un homme. Il a vingt-cinq ans. Cela fait cinquante ans qu’il a vingt-cinq ans. Tarik est jeune plus très jeune, il est un homme est un souvenir, le chemin la première étoile. Tarik a vingt-cinq ans et il avance, à ce monde où tout va trop vite, il oppose sa propre lenteur, son égarement, sa langue qui trébuche et l’écho du vent entre les dunes de sable, entre les amas de corps [disloqués]. Entre les.

 

Tarik est jeune, il a vingt-cinq ans. Tarik est un souvenir désœuvré. Parfois des ombres balaient le chemin mais Tarik sait. Le sang. Les angles étranges. Le nom. Tarik sait. Tarik est jeune plus très jeune à cinquantevingtcinq ans, il est un chemin mais quelque part la pierre, en silence, et sous la pierre les visages familiers. Tarik est jeune, il a vingt-cinq ans et aura vingt-cinq ans tout le jour, il avance sans connaître la frontière, seulement la fatigue, le souvenir, les shrapnels dans son dos, et le démembrement de la langue. Mais Tarik est jeune, il avance, et sa lenteur est sa force sa _____________ lenteur ___________ . Et comment se perdre est toujours trouver mais ________ pas les ______ ni _________ pas les _________ mots ______ comment _________ avancer mais ________ .

 

Tarik est un vieil homme. Ses parents sous le sable lui ont donné un nom. Sous le sable un murmure et des visages, le son du vent entre les dunes. Ses parents. Ils ont dit chemin, première étoile, amour. Et de la multiplicité est venue l’unité. Tarik n’a aucun pays, il a tous les pays, comme tous les hommes de vingt-cinq ans demeurent dans cet égarement des stèles et des

 

                                                             s

                                                             i

                                                             è

                                                                      c

                                                                      l

                                                                       e

                                                                      s

 

Tarik perçoit son sang. Il coule bat palpite palpite palpite. Un jour ce sang rejoindra la terre et le sable, deviendra le chemin. Le nom. Tarik sait qu’à une lettre près ce sang, un jour ___________________
______________________ T   A   R   I _______________________ .

 


Par Tapages - Publié dans : Textes - Communauté : écriture "expérimentale"
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Samedi 1 juin 2013 6 01 /06 /Juin /2013 09:58

 

 

 

nous avons marché et marché et marché sans cesse l’œil et l’oreille attentifs à tout changement à tout glissement imperceptible dans cette condition non-renouvelable chaque matin la colère la sainte colère qui nous a fait marcher et marcher et marcher jusqu’ici et sous terre et dans l’ombre des pierres racines branches ronces cette colère lorsque nous avons su que plus rien plus rien plus rien et nous qui sommes-nous où sommes-nous et peut-être déjà boue déjà sel déjà cailloux et ombres en mouvement non nous n’avons jamais su en fait nous n’avons jamais su nous avons seulement marché quand tout nous abandonnait quand tout se disloquait le chant des oiseaux déjà imperceptible l’étrange résonance de nos semelles la plaie refermée et cette faim très loin très boue très sol nous avons marché et toujours la douleur mais nos corps légers comme si les os déjà plus avant que nous déjà ailleurs nos corps légers nos os nos fractures nous avons marché et nous seulement des ombres un sifflement peut-être le courant d’air qui vous frôle parfois quand tout est si muet dans vos intérieurs nous seulement de l’air des ombres glacées notre colère toujours le refus de nous résigner nous avons marché et marché et marché encore des kilomètres des années des sommeils en attendant la nuit en espérant la nuit et le repos mais jamais et ces balles ces bombes ce feu sans cesse dans nos têtes nous avons avancé vous nous avez méprisés et vous saviez vous saviez que nous plus longtemps plus très chair plus très loin malgré tout vous saviez et le paysage qui défilait sous nos pas nos respirations rauques vous saviez et nous avons avancé refusé et même lorsque la terre la caillasse dans nos bouches et même lorsque la terre vous saviez crier souffler aimer nous avons beaucoup aimé oui nous avons passé notre vie à aimer oui et maintenant que nous sommes seuls maintenant sur le chemin et maintenant que la boue et le désert et l’attente nous aimons encore mais d’une façon plus distante plus imperceptible plus subtile aussi nous aimons encore oui en marchant en avançant vers la limite vers la nuit vers le désert qui gagne nous seulement ombres seulement vent points obscurs si lourds de la terre dans nos bouches si lourds de mots oui nous le désert avons marché et marché et marché en nous demandant en nous demandant toujours en respirant aussi en crachant des mottes de terre tout le long de notre passage nous avons écouté les merles corneilles pinsons mais le silence seulement le silence nous avons écouté seulement rien et peut-être nos oreilles disparues ensevelies peut-être nos oreilles nous avons marché toujours attentifs à l’improbable à ces lendemains et vos portes aussi closes que vos corps et vos pensées comment accueillir l’inacceptable le déséquilibre nous avons marché et marché et marché encore en funambules et nos dents éclatées nos mâchoires brisées nous avons marché attentifs à ce soir qui ne vient pas attentifs toujours et dans nos yeux l’espoir du repos de la limite et d’une vie plus tellement courbatue nous avons marché et marché et marché encore 

 


Par Tapages - Publié dans : Textes - Communauté : écriture "expérimentale"
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Mardi 28 mai 2013 2 28 /05 /Mai /2013 18:28

 

 

 

nous avons marché et marché et marché encore oui nous avons crevé encore et plus loin que le temps plus loin nous avons crevé ici où il fait très froid où il fait très sol et très seuls nous avons crevé sous vos yeux qui refusent de voir et même dans la nuit absente nous avons marché et marché et marché encore et respiré aussi en nous demandant si nous morts si nous des fantômes ignorant notre condition si nous des mirages luttant contre la végétation le désert et le sable qui tôt ou tard recouvrira tout nous avons marché mais nous morts nous le mirage n’étions peut-être pas là seulement l’écho d’une lutte plus ancienne contre le sable et le vide nous morts nous n’étions peut-être pas là et ce bruit de semelles déjà si lointain et le cri des corneilles merles pinsons nous avons marché et non rien rien que le silence et peut-être nous pas tout à faire morts encore nous peut-être quelque chose entre le fantôme et l’ombre toujours en mouvement peut-être quelque chose de plus lointain que le corps et le souvenir de l’os pas tout à fait nous avons marché et marché et marché dans cette incertitude l’angoisse sommes-nous là existons-nous vraiment nous avons marché comme les morts les fantômes les souvenirs marchent c’est-à-dire en silence sans traces et plus loin que vous nous avons marché sommes-nous là existons-nous et plus aucun son plus aucun chant ni les balles ni les bombes ni même vos rires qui pourtant nous ont si longtemps accompagnés nous avons marché et marché et marché si loin tout au bout de la limite tout au bout de la forêt et vers un désert qui tôt ou tard nous avons marché pour devenir le sable sous les pieds entre les orteils et dans la bouche aussi dans la bouche l’aridité nous avons vu ce devenir et pourtant encore la terre la racine l’humus et ces craquements de branches ou peut-être nos dents que vous écrasez nos dents nos mâchoires ce qu’il reste ou restera de nous après l’aube après le soir après la fin du monde même lorsque vous aussi vous vous serez battus contre ce désert qui aura pourtant le dernier mot et dans cette nuit qui ne vient pas nous avons marché et marché et marché encore et à nouveau la forêt et la brutale conscience de la force des hommes oui cette force cette ténacité sans limites car la vie humaine est bien difficile bien douloureuse et parfois décevante oui la conscience soudaine que chacun lutte à sa façon et contre son propre néant son propre désastre sa propre existence si difficile et sans nous être jamais arrêtés sans jamais jamais jamais avoir tourné les talons nous avons repris et marché et marché et marché encore

 

 


Par Tapages - Publié dans : Textes - Communauté : écriture "expérimentale"
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