Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
et dans la cuisine on peut cuire
l’ensemble des ingrédients qui font
mélangés
mêlés dans les têtes – oui
ce sont des récipients accueillants assez pour tout ce qu’y jette l’époque –
le plat du jour
la représentation totalitaire
du jour
qui croit tenir dans la gamelle
du jour
toute la totalité de la vie
nous
on se sauve
comme le lait sur le feu
le débordant
dont la blancheur promet une parfaite ouverture à tout l’inconnu du débordement
ça bout sans fin ni début
ça vite se glisse s’étale étend sa vacance coule et rend caduque l’idée même de gamelle
ici
s’il est une cuisine
c’est le temps
d’un battement de cils pour que tout
se transforme soit déjà
autre chose que la coutumière maîtrise des gestes déjà faits
nulle recette n’a de sens dès lors que c’est vers toi moi cette rencontre qui n’a pas encore lieu
que chaque geste se tente sans maîtrise
sans manière et nous ne tournons de cuillère en bois dans le récipient de chaque tête
que si chaque tour réinvente du tout au tout
l’ignorance natale et totale de qui
toi moi
fait en un tour de main se rejoindre les première et dernière fois de chaque geste
le jour ne peut se savoir que selon le savoir du jour
je pense par bulles qui éclatent aussi vite qu’elles
apparaissent se forment à la surface venues
de loin profond tant et tant qu’il y a
comme une nuit du blanc parfait des profondeurs
le jour est total dans la lumière du jour
mais qu’en un instant on sente que passe jour nuit
que dans la gamelle tourne
et les mélange la cuillère
et voilà que se déchire la totalité
elle laisse s’échapper son trop qui n’a pas de nom
qui n’est pas encore dans le cadre et le cadre
s’estompe d’abord disparaît se ravale ne se sait plus
perd sa raison
contre une raison neuve une autre cohérence passagère que passe déjà
à gros bouillon
tout ce qu’on ne sait pas qu’on connaît déjà qu’on est
sur le point déjà d’oublier dans
un autre sur un autre
les débordements les vagues
remous d’avenir qui poussent d’être
par d’autres
sur d’autres
poussés déjà et quoi
puisque c’est de profond que ça vient de loin que l’avenir
vient par subites crues oui quoi
demeure le nom de ce qui est toujours sur le point
de nous rendre à nouveau ignorants
chaque instant ici tend une corde
et chaque instant se pend à la corde pour
d’un balancement inlassable tomber
dans l’oubli au moment même qu’il tire aussi de l’ordre
un désordre plus parfait encore
(à l’autre bout de la corde
mais la corde n’a pas
de longueur)
passagèrement parfait le temps seulement de perdre
la cadence le fil une corde
ne tient que le temps de sa rupture c’est une fine ficelle
le sens
qui rompt avec tout tout le temps
si bien qu’elle est toujours
ce qu’il y a de plus tendu et tendue n’a
qu’un instant
pour nous apprendre
à perdre l’équilibre
si bien aussi que la cuisine est toujours
ailleurs
à un autre moment
libre en nous par nous de s’échapper
d’un équilibre dès que stabilisé
et qu’on ne sait plus
qui de qui
de nous ou de la cuisine
est tellement légèrement en pente que tout
glisse vers un sens
qu’on ne peut prédire qu’on ne dit que dans
l’interjection muette à la perte
du sens
oui je continue de tourner
la cuillère dans la gamelle
mais quelle
cuillère
quelle
gamelle
dans quel sens puisque le sens tu le sens
qui passe n’est que sa perte