Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
on poussera l’exploration
que permet la cuisine ici inventée
dans ses derniers retranchements
entre la chair et l’os
où ça force un peu pour passer
où ça pèse
sur le manche
entre l’os et la chair
ce qui reste et ce qui ne fait
que passer
mais tenir le manche
est une affaire sérieuse
qui exige la constance de mise lors de circonstances extrêmes
car fil après fil
la séparation transforme radicalement ce que l’on voit
et le fait tomber du côté où méconnaissable il parle à présent de ce que nous ne voulons pas voir
face à l’espace fissible de l’articulation
et s’immisçant entre le dur et le tendre
le regard et le langage avec la lame pénètrent aussi ce que toi moi nous ne pouvons recoudre
ni du regard ni des mots
la nuit mise en lumière se réfugie dans nos mains
nous la prenons dans nos gestes
on la met en bouche
on la glisse sous la langue
la langue la dirige vers les dents
les molaires la rendent malléable et molle et la défont
qu’on puisse l’ingérer sans blessure
qu’elle rejoigne la grande nuit dedans
quand dans la lumière dehors on jette ce qui reste en gardant ce qui ne reste pas
mais si on lâche un instant le manche
la lame ne sait plus faire la différence
et ce qui s’y reflète des deux côtés du couteau
est d’une même évidence notre temps
arrêté
jusqu’à la garde l’aveuglement qui nous laisse parler infiniment et illimite la cuisine
dans l’illusion qu’on peut tenir sa vie
sans tenir dans la même main
ce qui ne peut la continuer sans pousser encore dans le gras de l’illusion et jusqu’à l’aridité de sa fin
ce qui bat et ce qui ne bat pas
portent l’un la définition de l’autre dans chaque
contraction contradiction
qu’un encore fait entendre dans son déjà plus
un déjà plus n’a de sens que tant qu’un encore vient encore le nier
encore un peu
mais c’est toujours le peu qu’il faut trancher
et c’est lui aussi qui promet le beaucoup supposé par chaque instant de notre rencontre
pesant sur le manche
on sait que la rapidité est le chemin le plus sûr
mais on sait aussi que cette rapidité exige d’être le plus longtemps possible tenue
car tant qu’une main pèse
sur le manche
on sait qu’elle aveugle son geste en ouvrant un espace au visible
mais cette main
la tienne la mienne on ne sait pas
on ne peut en décider
n’appartient qu’à l’espace inventée de la cuisine
et sa détermination même la rend anonyme
quel corps son geste ponctue-t-il
quel air il déplace pour donner du respirable au moment que respirer devient inutile
quel air renouvelle-t-il ainsi dans l’air
entre la chair et l’os
la butée de la lame remonte le long du manche
fait dans la main
l’épaule la tête
un étonnement qu’il convient de circonvenir
car cet étonnement fait de nous des inconnus
alors que c’est par cet étonnement que toi et moi nous pouvons nous reconnaître
se reconnaître inconnus
ensemble
fait de l’incident une durée marquée par le frémissement de vie qui saisit
jusqu’au moindre ustensile de la cuisine
endormi dans les placards
et qui avoue tout à coup sa destination
sensiblement aussi relève le feu
sous la casserole préparée et la flamme
se soumet à la nécessité de nos ébullitions
j’écris tu écoutes écouter c’est écrire
c’est ensemble peser sur le manche
et c’est ensemble dans le même instant de la diffraction dans le sens
de nos diffractions qu’on pousse plus profond