Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
-Notes : La lettre A, intitulée «Préface», est composée de 26 chansons de 32 phrases, dont 16 de refrain, écrites avec une alternance syllabique de 6/8. Elle n’est pas paginée ni ponctuée sauf un point final sur la dernière phrase qui annonce la lettre B.
LE MUSICIEN
Au début la vie prononce
les notes du hasard
La main donne sa réponse
sur une guitare
Quand la corde pincée fleurit
le temps se transforme
Un musicien crée l’harmonie
l’octave se forme
La main glisse vers la source
au sommet du dedans
L’expérience fait la course
avec un innocent
Pour l’interprète lucide
l’instant est possible
Sa vie s’attache au vide
d’un fil invisible
Au début la vie prononce
les notes du hasard
La main donne sa réponse
sur une guitare
Le rythme transporte l’action
au centre de l’humain
Dans un monde en mutation
résonne le refrain
Le public répond en écho
à l’onde subtile
Le musicien joue en duo
avec chaque style
L’artiste obéit à l’air
Il crée un mirage
Sans aucun commentaire
est né un langage
Au début la vie prononce
les notes du hasard
La main donne sa réponse
sur une guitare
Le musicien joue sa chance
sur l’éternel départ
Il s’accorde au silence
pour oublier son art
Au cœur des cordes magiques
la cible résonne
L’univers suit la musique
l’inspiration sonne
Les auditeurs en osmose
partagent ce réveil
Des planètes se composent
à l’ombre d’un soleil
Au début la vie prononce
les notes du hasard
La main donne sa réponse
sur une guitare
Les sons viennent sur mesure
l’inconnu s’élève
La mélodie se fracture
un musicien rêve
Le souffle du hasard ouvre
la voie idéale
L’improvisation découvre
la fuite totale
Sur le sort de l’art mis à nu
le concert se fini
Mais le silence continue
à chanter l’infini
LE SILENCE
Le silence vit à l’ombre
d’une soif d’harmonie
Il organise les nombres
d’un rythme infini
Un nomade prend la fuite
du sédentaire bruit
Dans l’espace sans limite
le silence fleurit
Sa fragrance enivre l’air
imbu d’élégance
L’absence de commentaire
fonde sa puissance
Le solitaire distille
l’occasion attrapée
Ce repère immobile
guide son échappée
Le silence vit à l’ombre
d’une soif d’harmonie
Il organise les nombres
d’un rythme infini
Dans la rencontre totale
le cœur est enchanté
Un rythme muet s’installe
dans la vie habitée
Selon ce chant inutile
la volonté se tait
Le fugitif immobile
entend sa liberté
Aucun obstacle ne sépare
le dedans du dehors
Le silence comble l’écart
de la vie à la mort
Le silence vit à l’ombre
d’une soif d’harmonie
Il organise les nombres
d’un rythme infini
La couleur du ciel attire
le parfum de la mer
L’horizon en paix respire
une sage guerre
Un cri ouvre le délire
enfermé dans les nerfs
Ce son parle sans rien dire
sous un masque de fer
Un fou entend le silence
à l’état magique
Son corps formule la danse
d’une loi rythmique
Le silence vit à l’ombre
d’une soif d’harmonie
Il organise les nombres
d’un rythme infini
L’image garde le secret
du silencieux sage
Il trace les mystérieux traits
de son seul langage
Sa pratique anonyme
dessine des miroirs
Le silence légitime
un intime savoir
Aux yeux de ce mot limpide
ma chanson est en trop
Seul ton sourire placide
dira le dernier mot
LA DANSE
La danse enflamme le vent
des gestes irréels
Le silence en mouvement
sculpte un modèle
Sur une plaine infinie
un corps vit en suspend
Il attend d’être recueilli
par la force du vent
Ses muscles nagent sur terre
versés dans la masse
Corrigée par l’éphémère
la pensée s’efface
Le ciel alors s’épanouit
les prévisions cessent
Un nuage s’évanouit
le danseur se dresse
La danse enflamme le vent
des gestes irréels
Le silence en mouvement
sculpte un modèle
Un marcheur s’ajuste à l’air
le premier pas est dit
Pour s’envoler de la sphère
une danse suffit
Le courant d’air inspirateur
rythme l’inattendu
La nature chante en cœur
le trajet imprévu
Un acrobate virevolte
à l’ombre du vide
Avec son corps désinvolte
il lâche la bride
La danse enflamme le vent
des gestes irréels
Le silence en mouvement
sculpte un modèle
La vibration est accrochée
un danseur circule
La marionnette est lâchée
le cœur s’articule
Un ballet de chastes ondes
chante l’impossible
La vie et l’air se confondent
dans l’un invisible
La gestuelle palette
réunit tous les arts
Musiciens peintres poètes
dansent en fanfare
La danse enflamme le vent
des gestes irréels
Le silence en mouvement
sculpte un modèle
Après l’extatique fête
l’euphorie s’impose
Dans la plaine satisfaite
le calme explose
L’homme aux gestes captivants
a livré son charme
Avec la retraite du vent
son art rend les armes
Le grand frisson de l’univers
pétrifie le danseur
Dans son corps il a découvert
la pierre du bonheur