Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
lisant cuisine tu ne sais
si je dis un lieu ou un faire
ou l’un part l’autre une destitution
puisque je peux faire une cuisine avec simplement le déplacement de l’air
que suscite chaque début de geste
et je peux aussi perdre le métier
en détournant de leur utilité les objets du lieux
lisant cuisine tu peux
à l’image d’un ensemble inconnu et ouvert de gestes et d’objets
substituer celle d’un souvenir
d’une machine élaborée dans la nuit des mémoires
l’enfance est lourde elle cherche toujours
où déposer son sac
mais elle ne peut trouver le lieu où le faire
sans tromper sa propre impatience
sans augmenter le poids du sac de celui de la déception qui t’oblige
à le remettre sur ton dos
lisant cuisine tu sais alors
que tu n’y arrives pas
que tu ne fais que chercher cette cuisine à tâtons risquant
de te blesser aux lames
au coupant
au saillant
qui sont seuls pourtant à prouver la cuisine
et t’en repoussent à l’instant même du contact
il faudrait lisant cuisine que tu puisses
en hisser l’idée jusqu’à la présence indéniable des gestes tenus par les mots
blanchir faire
revenir barder
écaler
clarifier
et dans les verbes une seule
liberté ouverte aux erreurs de lecture
aux scrupules aussi de l’entendement
jusqu’à faire de chaque geste la critique des mots cherchant à le préméditer
déglacer
réduire
rissoler sans plus attendre puisque le temps
est passé
et nul ne peut retenir
ce qui le dévore ni alléger
le sac plein de ce qu’il laisse
après son passage
lisant cuisine tu sais
qu’on ne trempe pas deux fois la même madeleine
dans le même tilleul