Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
j’ai dis viens
dans ma cuisine
et je le disais sur un très vieil
air de blues
ainsi ce qui passait
de bouche à oreille ici prenait l’air
d’une réalité concrète
car entre toi et moi
un siècle pouvait faire défiler ses images
de vaguement le règne du bois
la terre
battue
le formica le béton
la révolution souriante des arts ménagers
le rustique aussi remonté
de bouche en bouche jusque dans
les gestes cadencés des usines
le plaqué
le contre-plaqué
l’aggloméré
le lamellé-collé
le faux parle vrai dans la torpeur de l’époque
dans le dialecte des pro-
des post-
et des néo-
l’époque toujours marche au pas
sur n’importe quel carrelage
qu’importe la cadence
on s’adapte on nous a dit
l’adaptation c’est nous et honte
à qui trainerait en route honte
à qui s’arrêterait un instant pour
sous les néons
juste y penser un peu
honte à qui
trainerait la patte moi
j’ai dit viens
dans ma cuisine
et j’aurais pu dire aussi ein Volk
ein Reich
eine Küche
tant ici ce qui se joue encore
c’est la depuis toujours et à nouveau question
de l’identité
mais je laisse brûler mes questions
et nos papiers
ça sent le roussi dès lors
que sur le feu voici ce sont
de très vieille casseroles que nous avons disposées
j’ai dit viens
dans ma cuisine et je sais
que nous avons ensemble quitté tout ce que l’histoire
mijotait doucement sur les quatre plaques ici-même
de notre réunion
j’ai dit viens et le temps
est venu de brûler
une cuisine dans la cuisine
fumée de fumée
notre savoir
notre sagesse
fumée de fumée
notre évidente allégresse à l’idée
que demain nous ferons allégeance
encore
à qui sait
ce que
ce que nous fûmes doit
faire de nous sommes
maintenant
oui selon les époques bien-sûr
nous aurions participé à la plasticité tenace des toujours mêmes vieilles lunes
l’histoire ne se répète pas
mais elle fait durer dans l’air du temps qui change toujours l’horreur
toujours la tout autre façon d’accommoder les restes
au goût du jour
notre goût et pas le nôtre
notre jour et pas le nôtre
toujours nos restes
puisqu’il n’y a que ça
puisqu’on nous dit qu’il n’y a que ça
de vrai dans chaque jour les paroles partagées face à face rien
j’entends toujours rien
n’a de sens mais les restes
il n’y a que ça de vrai puisqu’ailleurs au centre tout est fermé
une bouche se tait
mais dieu gargouille nous n’avons qu’à écouter nous n’entendons
que le gargouillis le gazouillis on nous dit
rien
dans la cuisine travail
famille
gastronomie
et tout passe tout dans l’œcuménisme
du repas du dimanche
l’authentique continue de faire recette
un bouillon-cube dans le melting-pot
et j’entends à la radio l’europe
entière attend cette parole mais j’ai compris d’abord
le repentir
attend cette parole
je me tais
je continue