Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
la cuisine se contredit
dans chaque assiette
d’abord elle se dit
puis elle se contredit
mais d’une façon telle que dire et contredire
convergent paraissent
simultanés
je ne cesse de m’asseoir face à toi
d’un face qui est un dedans
je ne sais ce que c’est que
s’asseoir
puisque ça bouge entre face et dedans
sans pourtant qu’il n’y ait
dans entre
d’espace avant qu’y bouger
n’y fasse de la place
la cuisine ne peut pas se dire
si bien qu’elle ne peut non plus se contredire
d’abord elle ne se dit pas
puis elle ne se contredit pas
d’une façon telle alors que ne pas dire
et ne pas contredire
coïncident dans le silence
la simultanéité des silences
a beaucoup de sens – lequel ? comment
savoir
puisque c’est savoir que le sens ouvre comme une huître
ou une noix de nuit
la diction
et la contradiction de la cuisine
ne s’opposent pas
entre elles
mais contredisent tout ce qu’on dit
de dire
et de ne pas dire
et tout
aussi
ce qu’on n’en dit pas
on y respire un air
entendu
on ouvre la fenêtre du puits
de lumière
le bruit du dehors
dedans nous aère
on pend sur la corde à linge dialectique
une robe
et un pantalon
leur poids d’eau et leur poids d’air
ensemble
usent la corde jusqu’à la corde
la tendent jusqu’à la rupture
la synthèse
est une chute qui n’avoue que son silence dans le puits
en nous son écho
dessine l’espace où dire
sa nudité