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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 19:09

Le corps et le langage

par Henry Meschonnic

Entretiens avec Jean-Paul Desgouttes, 1995.



 
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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 18:37

 

 

 

Nous signalons la parution d'un texte de Yannick Torlini dans le nouveau numéro de la revue BoXon : 

 

 

183287 195101373841411 129294510422098 636928 6520778 n

 

 

Nous ne présentons plus cette revue de qualité, mais nous pouvons déjà donner la liste des publiés pour le numéro 26 : 

 

Alain Robinet, A&dman, Charles Pennequin, Patrice Luchet, Alsachérie, Maïté Kessler, Grégoire Damon, Jean-Luc Michel, Hortense Gauthier, Sophie Nivet, Michel de Montaigne, Daniel Cabanis, Julien d'Abrigeon, Jérémy Tissier, Gilles Dumoulin, Mathias Richard, Alain Snyers, Jean-Pierre Bobillot, Nicolas Tardy, Gilles Cabut, Olivier Bosson, team Stupididiote, Fabrice Reymond, Cyrille Bret, AJC SP NK, Heike Fiedler, le collect'if (Bobillot, Chazel, Olivier, Giral), Denis de Lapparent, Marcel Champdu, Pierre André dit Dédé Lataloche, Benoît Vincent, Yannick Torlini, Harold Garfinkel.

 

Pour se procurer le numéro, il suffit de passer par le site de la revue et du collectif T.A.P.I.N. Il est possible de commander au numéro, mais n'hésitez pas à vous abonner, de bonnes revues pas chères, c'est rare.

 

 

 

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 12:06

 

Ja, chère madame !

 

et chaleureuse à l’entrejambe hospitalier

sait-il comment elle dit

          côté jardin la femme pénétrée emplissait tout

sur l’image cependant il cherchait le

vaisseau fantôme parmi quelques fleurs

rangées en bouquet de circonstance sa fête

on la lui souhaitait à foutre promptement

          côté jardin la femme pénétrée…

il négligeait la géographie du visage

l’intérêt portait là où la végétation se faisait

dense

          emplissait tout

il trouait comme pour se débarrasser d’une

proéminence encombrante volume verbal

hypothéqué

là de deux choses l’une ou elle

s’agenouillait ou elle baissait les bras la capiCulation 

loin d’eux le jardin défait divisé en quatre

carrés

et soupçonneuse elle flairait l’air tandis que

le chien du jardinier venait mal cultivé

lécher ce qui restait en jachères la clôture

cernait un cul façon propriété privée Eintritt verboten

          la femme venait de s’ouvrir

il la cueillait au passage il payait un prix

forfaitaire comprenant toutes les entrées et

sorties à partir de là il ne justifiait plus rien

d’un jardinage intensif

ne lui restait plus qu’à germer ainsi qu’au

bon vieux temps des haricots dont la fin

l’avait rempli de nostalgie

à séparer les cotylédons un matin comme il

achevait de l’arroser elle lui dit en son

patois

          j’crois bien que tu m’pisses…

et sur le champ de la solliciter à l’orée du

jardin après l’ondée du matin le soleil

maintenant accélérait la germination

elle restait à quatre pas d’ici à quatre pattes

dont deux brasposition qu’elle avait pu

voir dans un film particulièrement

pornographique et qu’elle s’efforçait de

maintenir tandis qu’il lui visitait le cul de

son membre fondateur la chevauchée

fantastique cavalier et monture

participaient avec la même fougue

lui le roturier maniant sans emphase

l’bagage héréditaire fichtre encore fallait-il

décoincer proprement annoncer la couleur

avec modération

          dans la couche des salades énormes

et chaleureuse à l’hospitalité touchante sait-

il comment elle gît

          côté banquise la femme surgelée dépeuplait tout

sur la scène déchargée des effets décoratifs

il mobilisait encore quelques regards

attendris

mais elle déjà ne jouait plus la comédie ses

jambes donnaient sur le soleil levant

véritable tirelire toute fente à part 

et dévoreuse à la bouche gourmande

          la femme pénétrée broutait tout

 


 

Alain HELISSEN

 

Nous remercions chaleureusement Alain Helissen pour cette contribution et son soutien

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 17:46

 

 

 

il y a d’un bout à l’autre il y a toi de là à là et pas tout-à-fait et comme je me jette oui comme je me jette de toi à toi oui comme je me jette suspendu entre toi et toi de là à là comme le peut-être je suis le peut-être de l’entre toi et toi le peut-être du maintenant de toi je me maintiens entre toi et toi dans les balancements de je me jette je me maintenant je me maintiens suspendu à toi


 

 

de ma bouche à ta bouche
un espace de ma bouche à la
tienne un espace de ma bouche à
la tienne je me jette de
ma bouche à la tienne je
désire de ma bouche à      la
tienne quelque chose passe


 

 

il faut décider ta jambe il faut. décider ta cuisse il faut. décider ton bras il faut. décider ta main il faut. décider ta paupière il faut. décider ton ventre il faut. décider ta poitrine il faut. décider tes hanches il faut. décider tes fesses il faut. décider ta bouche il faut. décider tes lèvres


 

 

je suis le lierre autour de toi


 

 

dessiner ton corps dans le décider

il y a un entre

entre le corps et le décider

il y a un entre

entre le corps et le désir


 

 

je parle le tu entre. je parle entre le tu. je parle entre tu. tu entre je parle. tu je entre parle. parle tu je entre. parle je tu entre. entre je tu parle

je parle entre toi et toi


 

 

tout contre : tout contre toi : tout entre contre toi : tout contrôlé : non : tout contre le : oui : tout contre le toi : tout contre le je : tout contre le je t’aime : tout contre entre :

le cheval à bascule du désir


 

(cabbale-eros ghérasim luca)

 

 

 


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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 18:51

 

 

La poésie permet de belles rencontres. C’est en demandant son avis sur Tapages à Alain Marc que nous avons commencé à parler de son manifeste   « Une poésie publique est-elle possible », avec élan et intérêt. Avec son accord, nous reproduisons ici cette série de réflexions prises sur le vif :

 

 


 

JDL : Voici Tapages, site de poésie contemporaine qui axe sa réflexion sur le poème « en corps en action ». J’ai vu que vous aimiez et défendiez la poésie aussi j’aimerais vous demander votre avis sur ce site et ces textes afin que nous puissions sans cesse aller plus loin dans notre recherche.

 

 

AM : Très bons sentiments de début (J'aime tout particulièrement « Poésie terroriste », « Cri du poème » et « Traduction par JD Lemarié »). De mon côté je porte cela à votre connaissance (« Une poésie publique est-elle possible ? »). J’y trouve, dans vos textes (de Tapages), un même élan, celui qui me portait à cette époque. Mais cela est personnel.

 

Une poésie publique est-elle possible - Alain MARC

  liens :

http://artisfacta.60.free.fr/actions.htm#PoesiePublique

http://alainmarcecriture.free.fr/poesiepublique.htm 

http://www.arteradio.com/son.html?615847

 

 

JDL : J’ai lu. À chaud, il y a quelques points sur lesquels je ne serais pas forcément d’accord. Notamment par exemple sur les textes avec des jeux de mots. Mon premier recueil employait beaucoup ces procédés, Je pense que cela passait assez bien (peut-être grâce au rythme très chantant, léger…) et que cela apportait à la profondeur du texte, sans pour autant larguer complètement le lecteur. Je ne sais pas si cet aspect est à proscrire…

 

 

AM : Cela avait fait pas mal de bruit, à l’époque : beaucoup de réactions hostiles ce qui me fait dire que quelque chose, là, est touché chez le poète (mais plutôt le mauvais, même s’il est “connu”, c’est-à-dire celui qui poursuit l’insipide et le convenu, comme ses prédécesseurs, comme surtout, l’idée qu’il se fait de la Poésie, de celle qui lui permettra d’accéder à ce si peu de reconnaissance de ses pairs – « Ah, il écrit comme nous, il est des nôtres ! »…).

 

J’ai écrit ce texte pour avancer ce qui me mouvait, contre surtout, à Pierre Dubrunquez, qui devait ouvrir un dossier sur la poésie publique, qui l’a fait si peu et surtout, sans ce jeune poète que personne ne connaissait (et donc est tombé dans le fade) ! Jean Rousselot, que j’ai cité, s’était surtout brandit contre, tout comme pas mal de poètes (souvent pas bons…), à sa suite. J’ai même eu le sentiment, par le directeur de ladite revue (pas bonne non plus d’ailleurs, qui me fit un peu plus tard refuser absolument toute revue publiant certes de bons auteurs, ou en parlant, mais avec une kyrielle de forts mauvais par derrière et plutôt par devant d’ailleurs, poètes amateurs souvent), d’avoir été floué qui après un premier accord, a complètement détournée mon propos en essayant de le ridiculiser des commentaires de ses copains et publiant le tout sans rien m’en avoir pré, venu auparavant. Mais quand je relis ce texte aujourd’hui (« Une poésie publique est-elle possible ? ») je sens bien que certains termes sont un peu trop directs et peuvent ainsi aussitôt dévier l’en face à son opposé. Il est évidemment sûr que je ne prône pas une poésie fadasse au seul argument qu’elle va se vendre. J’y adjoins aussitôt la notion de cri, concomitante toujours dans ma démarche (et là je rejoins votre dernier message de ce matin). Mais je pense que le laisser en l’état permet aussi, justement, de garder le cri et de susciter toute sorte de réactions aiguës. Ce qui me plaît assez pour finir.

 

Quant à votre texte j’ai envie de vous dire : s’il est bon, s’il parle, je suis entièrement d’accord. Vous avez compris maintenant, arrivé à ce stade du débat, quelle poésie était visée dans mon apostrophe. Toute poésie hermétique, seul jeu sur la langue ou le ciel. Ce qui ne veut pas dire que je refuse toute poésie élevée, loin de là. Mais seulement la bonne (fuyons aussitôt tout discours qui chercherait à s’esquiver en s’engouffrant dans cette notion de “bonne poésie”…), celle qui parle. De très bons poètes dans ce domaine m’émeuvent : ce que je fuis, comme la peste (Artaud), ce sont ceux qui suivent bêtement et beaucoup moins bien les Grands.

 

Je ne prendrais qu’un dernier événement pour appuyer en final mon propos : la récente journée rencontre des « Géants » (Bonnefoy, Deguy et Bernard Noël) de la Maison de poésie de Paris du 7 janvier dernier où dès qu’ont été abordées les questions de l’utilité de la poésie, ou de son impact dans le monde qui l’environne beaucoup de bêtises ont été avancées. Comme que c’était justement parce qu’écrire un poème ne servait à rien qu’il était bon d’en écrire un, que cela seul justifiait son acte. Comme, encore, que la poésie se portait excellemment, puisqu’on demandait tous les jours à certains de rédiger une préface, d’accorder un entretien. Il a même été avancé l’argument de la présence tous les ans du Printemps des poètes… Alors que seul Bernard Noël avançait l’argument du délitement depuis plusieurs dizaines d’années de la poésie ! Et que la question de Jean-Baptiste Para axée sur le temps accéléré de notre époque, pourtant posée avec insistance, et de la nécessité peut-être de la poésie de s’y accoler, fut passée totalement sous silence par nos protagonistes !

 

Tout cela fait quand même réfléchir non ? Tout du moins pour les gens qui savent, justement, réfléchir…

 

 

JDL : J’aime beaucoup votre réflexion sur le cri. Cela me touche et m’émeut, le cri est bien souvent au cœur de notre travail.

 

 

AM : J’allais justement vous aiguiller sur mon paragraphe « Contre la forme » d’Écrire le cri, afin de vous répondre, aussi, sur la question de l’écriture de la poésie face à ma poésie publique. Tout un programme, vraiment.

 

Mais pour vous répondre plus précisément encore : pour moi, il n’y a aucune différence entre l’écriture du cri et la poésie publique…

 

 

JDL : J’ai réfléchi un peu depuis et je suis plutôt d’accord avec vous. Je viens de lire une dizaine de recueils de poèmes différents à la bibliothèque : il est évident que plus de la moitié peuvent paraître incompréhensibles. Au final, j’écris, sans le faire exprès, comme vous le préconisez, il me semble. Mon recueil en cours d’écriture n’emploie que des mots simples, presque toujours les mêmes, qui reviennent comme un code. Il suffit de faire attention à chaque mot pour comprendre chaque poème. Je pense comme vous que la « poésie publique » est possible, et qu’elle n’a pas besoin, pour exister, de perdre de sa profondeur (c’est d’ailleurs ce que j’ai ressenti en lisant L’inadéquat de Florence Pazzottu, par exemple, ou même Bernard Noël qui n’est pas hermétique tout en étant puissant).

 

Il me semble pourtant que vous parlez de deux choses différentes dans ce texte sur la poésie publique, d’une part de la diffusion des œuvres, d’autre part de l’écriture même de ces œuvres.

Pour ce qui est de la diffusion, il n’y a pour moi aucun problème, c’est d’ailleurs ce que nous faisons et défendons avec Tapages.

Pour ce qui est de l’écriture, vous préconisez la « lisibilité », l’absence de jeux de mots comme symboles de l’hermétisme, et le traitement du « quotidien » dans les thèmes, plus particulièrement. Et l’écriture du cri (plus important). Cet aspect du manifeste, allié à la volonté que tout le monde écrive de cette manière (c’est la volonté de tout manifeste), me fait me poser quelques questions.

Je me demande d’abord s’il n’y a pas un petit risque d’uniformisation ; il faut, certes, unir les poètes, mais peut-être pas au niveau de l’écriture elle-même. Cela m’a amené à une deuxième remarque (je vous retrace le cheminement de ma pensée) qui est de dire que je vois le problème à l’envers. En effet, il me semble que ce n’est pas à la poésie de se simplifier mais aux lecteurs d’apprendre à la lire (pas seuls bien sûr, mais que des moyens soient pris dans ce sens). Vous dites que la poésie « doit quitter la beauté » (voir le blog ouvert), je pense qu’elle l’a déjà fait depuis longtemps pour se tourner vers la vérité et je me demande si cela ne serait pas trahir la complexité du réel, complexité qu’essaye de rendre compte une poésie peut-être plus élitiste, que de simplifier le discours poétique. J’aime beaucoup Godard (j'en profite pour signaler  le mémoire de Julien d'Abrigeon ), cela me fait penser à lui. La poésie agit comme un contre discours, mais un contre discours de l’être, un contre discours « initiatique ». Parfois le chemin vers la compréhension est plus intéressant que la compréhension elle-même. Je ne sais pas si c’est rendre service aux gens que de dénaturer l’essence de la poésie pour la rendre plus accessible. Néanmoins, je sais que ce n’est pas votre but, il y a le cri ! Mais enfin je m’interrogeais un peu, en tirant les choses par les cheveux… J’espère que vous ne prendrez pas pour vous ces pensées qui divaguent au grès d’un sujet qui m’intéresse profondément.

Je continue. Je me demande aussi si la poésie est faite pour l’espace publique. Certes, elle tend vers cet espace, elle interroge la vie et en cela elle mérite qu’on en débatte bien sûr, mais, et je pense encore un peu à Godard, la poésie a toujours été marginale : si la poésie accède à la reconnaissance et à la parole, ne risque-t-elle pas de devenir un discours comme un autre, ne risque-t-elle pas de perdre sa force subversive ? Et une autre poésie apparaîtra contre le discours dominant de la poésie publique et tout recommencera… C’est maintenant que je conçois peut-être toute l’ampleur de votre projet qui, de ce point de vue, chercherait à casser ce mouvement sempiternel de la poésie qui se bat contre la poésie.

J’arrête là toutes ces interrogations, je suis probablement parti un peu trop loin et je ne dois plus être très en phase avec votre projet initial. Dans tous les cas, il a le mérite de me faire réfléchir.

 

Juste un terme qui m’a gêné dans le texte de poésie publique, c’est le terme « communiquer », la poésie pour « communiquer ». Je ne sais pas encore trop comment argumenter mon point de vue mais je ne suis pas d’accord sur cette fonction, je me reporte au texte de Sartre sur les poètes : « le poète s’est retiré d’un seul coup du langage-instrument ».

 

 

AM : Sur le mot « communication » –

Vous avez tout à fait raison. Je crois que j’ai eu deux colères. La première, se concentra sous les deux mots de « poésie publique ». La deuxième, sous ceux d’« écriture du cri » (c’est pour répondre aux nombreuses inepties sur mes « poèmes à dire et à crier » – dont la Poitrine étranglée, Méta / mor / phose ?, Solitude et le Monde la vie sont parus aujourd’hui – que j’ai écrit Écrire le cri). Le mot de « communication » est donc une colère. Le mot de « communication » est donc excessif tout comme est excessif la position les, positions, des poètes en général sur la relation de la poésie et du public. Oui, la poésie s’adresse à un public. C’est une ÉVIDENCE. Oui, la poésie est faite pour un public oui, on écrit de la poésie pour être lu. Et non « c’est au public de venir vers la poésie ». Et non « la poésie est inutile » (qui ne peut être, toujours, qu’un stratagème, qu’un slogan qu’une pirouette, pour mieux se montrer mais dénuée de sens véritable autre que de politique littéraire). Un peu comme les manifestations des surréalistes. « Communiquer », écrire « communiquer » alors, était simplement vouloir ramener du sens dans une poésie qui prenait un malin plaisir à la quitter. La suite de l’histoire m’a paradoxalement donné raison puisque l’on peut même le lire avec une revue comme Po&sie. Qui en gros depuis la fin des années 90, c’est-à-dire juste avant l’an 2000, s’est mise à publier des textes qui jouaient beaucoup moins sur l’unique langue. C’est pour cela que j’ai toujours fui toute poésie qui œuvrait dans la seule langue (mais je ne suis pas le seul, loin de là, je prendrais le seul nom d’un Franck Venaille), qui le montait au sommet, même si un jour j’ai rencontré la poésie visuelle d’un Pierre Garnier. Sauf que l’on comprend plus cette dernière, à l’aune de sa poésie linéaire, que sa poésie visuelle se met alors à prendre tellement de sens qu’elle quitte le seul travail hyper moderniste pour entrer dans l’humain.

 

Sur l’« uniformisation » de l’écriture – Non pas tous écrire le même poème, mais un poème qui ne soit pas destiné aux seuls poètes.

 

Tout le reste – tous les autres points – est affaire de jeunesse. Mais que je ne veux corriger aujourd’hui : les choses sont bien trop belles quand elles sortent du cœur et qu’on les laisse dans leur expression d’origine. Car il s’agit bien d’un cri.

 

 

 

 

propos recueillis par Jean-David Lemarié


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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 22:37

 

 

 

Aujourd'hui, lisons Olivier Thirion, le créateur de la revue nancéenne Les Refusésqui a bien voulu nous faire parvenir un de ses poèmes. Nous l'en remercions vivement.

 

 

La conscience se déploie comme une vague qui monte du large pour se replier sur la forme première reste le regard qui a capté le moment laissant en arrière un peu de cette matière sèche blanche craie du souvenir pli d’un secret assouvissement que l’on nomme mot strate absence et relique de lettres comme la sève bouillante de l’arbre en feu rumeur buée se déposant sur la vitre froide du regret tas de poussière noire au fond de deux yeux bleus jetant à la racine du verbe l’expression acide d’une source meurtrie tu tentes d’en tirer un sens universel pour t’excuser de tant de mort au fond de ce puis rouge ta salive écume entre tes doigts noués tu es l’aveugle qui penche vers la mer et tu avales la suie du rythme des mots qui rebondissent entre les falaises d’un improbable couchant tu t’entailles contre un mur qui suinte de silence et tes os sont en feu

Et la pointe de la lance qui s’épanouit à l’aplomb de ton plexus est un réconfort

 

 

 

 

Olivier Thirion

 

 


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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 14:47
   

 

A fleur de peau

 

J’ai pris le ventre mou
A petits bras le corps
Et j’ai planté le monde.
Badigeonné de bleu,
De blanc, pris la couleur
En arbre petit sec.
Au fond il était l’heure,
Au fond.

 
Je l’ai peuplé, le ventre.
Et le soir s’animait
Dans la nuit bleue. Le fil,
Je l’ai recousu sous
Le feu de tes yeux, rouge.
Je suis Thésée. Je suis
Ariane. Au creux du
Labyrinthe blanc
Je garde la pelote
En dessous de la hanche.
Cordon ombilical.
 estampe Le ventre a résonné
Du matin jaune et bleu.
J’ai cousu la peau et
Dessiné la musique
Au creux du temps.
Le creux avait por
Au loin les origines.
Alors j’ai tendu les
Yeux pour entendre encore.
Alors j’ai posé le sol
Et pris son cœur dans le mien.
Le ventre a résonné
Alors du matin d’or.
 

 

 

 

J’ai nagé dans le rouge
Au creux de Maman verte.
La Perdue m’avait prise
Et chaque trait de sang
Etait comme une graine
Et la Lune était pleine
Au milieu des moissons.
Comme un peu de raisin
Répandu sur le blé
Le rouge aimait aussi
Que le matin crie d’or.


 
    estampe5
 
 
  J’ai bu le sang du ventre
Et pris le bleu du ciel
Dans mes yeux. Mes cheveux
Ont poussé, poussé dans
La Perdue, comme un vin
de Dalila.

Et j’ai tué la Voix.

 
 
Avec le rouge et le bleu
Et le blanc du fil d’or
J’ai passé le cordon.
Soleil, cou coupé.
Le blanc comme une lampe.
Le bleu comme une mer.
Le rouge aussi. Le fil
A brisé le lien de la mer
A la mère et seule est
La Perdue, dans mon cœur,
A présent.


 
   estampe1  
 

 

 

Si je meurs
C’est le bleu qui prendra
Le rouge de la vie
Passée sur mon visage.
Comme une graine éclose
Au matin, sur le fil,
Le sol prendra mon cœur
A son tour, à son tour

 

 


 
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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 22:58

 

 

 

Je ne m'ensevelis dans aucune terre aucune nation aucune identité Je ne suis personne nulle part Je n'appartiens Je n'appartiens ni ma langue apatride comme la langue de ceux qui trop longtemps se sont tus

 

 

concombre

 

 

 

Il dit que tout ça ne va pas non il dit que c’est impossible de il dit que peu importe l’effort ou la sueur il n’y a que des entraves à chaque tentative des entraves dans le corps la tête le cœur il dit que lorsqu’on y réfléchit la vie est une entrave une bonne grosse entrave ou alors la vie est une fleur tenace qui pousse sur la merde il pense il pense bien que c’est vrai malgré tout il pense que nos existences en tas peuvent bien attendre encore un peu le temps qu’on vive il pense que nos existences peuvent bien attendre pour qu’on les sacralise il dit il dit qu’il faut se dépécher avant que ça ne recommence avant que le feu ne passe au vert avant que la circulation ne reprenne avant que le cœur ne batte il dit qu’on n’a pas vraiment le temps de réfléchir il dit il dit que c’est fini

 

 

 

Tu y es ou pas dis tu y es ou t’y es ou pas hein dis t’y es ty es di ti ai di ou pa tiédi ty esdi t’yesdi di tyes t’y es ou qui dis qui est-ce qui est-ce dit sui esse-tu est-ce dis qui est-ce tu qui essetu qu’esse-tu qu’est-ce tu dis qu’esse-tu kesse-tu-dis tiède tu dis dit tiède tudidi tudidi di ti ède ti aide di tyède didi qu’est-ce tu dit tiède ti es tiède t’es tiède thé tiède dit dis ti aide ti aide ou tiédou on t’aide on t’aide dis à être tiède à être tiédi tiaidi tyesdi tyesdi quoi c’est pas fini quoi c’est pas fifi koi c’est pas fort fort coua c’est pas couac c’est pas si c’est pas si dit sidi quoi sidi sidi se dit mais se dit quoi sidi sedi sépa sépa sépa sépa sépa pir sépapir sépa sépa sépa sépa pire vi pire vi sépa sépa c’est pas dit c’est pas pire dis c’est pas pire dis la vie dis la vie c’est pas pire la vie c’est pas

 

 

 

 

Tristan Solman

 

 


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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 23:03

 

 

 

Nous tenons à remercier chaleureusement le poète Charles Pennequin (que nous ne présentons plus) de nous avoir fait l'honneur de nous envoyer une contribution pour Tapages. Lisez et respirez, ça en vaut la peine !

 


 

 

Il faut pouvoir penser à partir de la douleur et du rire philosophique. La pensée est quelque chose qui se veut libre et en dehors du corset sectaire des générations d’oubliettes. Générations à tête de linotte. Tête d’alouette. Générations je te plumerai. Générations je te tiens tu me tiens par la barbichette. Générations ainsi font font font font. Génération trempez là dans l’huile et génération trempez là dans l’eau. Générations les pires ou les moins douées depuis belles lurettes. Car la pensée veut aussi le chant mais sorti. Le chant sorti et qui aurait déjà trop subi tous les encombrements de générations. Les encombrements de générations sont les mains et la langue. La voix. La langue et les mains sont les encombrements de leur pensée. Alors la pensée peut s’amuser. La pensée peut jouer avec le cri et avec les gestes dans tous les sens pour traduire son inexistence et s’échapper des générations. La pensée profite de son élan pour sauter dans l’air. Les générations ont le nez en avant. La pensée est ce qui réclame le plus d’air. Les générations respirent. La pensée c’est du jet vers le dehors. Les générations sautent. L’expulsion du sensible au dehors. Sensible qui veut dire : j’ai pris suffisamment de coups dans la poire pour vouloir et pouvoir. Pouvoir et vouloir. Et tout ça hors de ma poire. Hors de toute poire et sauter. Le saut dans le vide de la pensée grâce à tout ce qui est possible de faire. Avec tous les encombrements de corps et les coups de pied au cul de l’existence. La pensée c’est des bosses et des coups dans la poire. C’est aussi le ramassement de l’intérieur pour un soulèvement possible hors du corps. Grâce à tout ce qui forme le corps. A son côté empâté et impossible. Grâce à toute la finesse écrasée des organes. Finesse et écrasement, entre les deux mon cœur balance. C’est-à-dire qu’entre les deux la pensée circule et s’échappe. Le chant est une forme d’échappée du corps. Tout comme le geste. Les gestes s’échappent eux aussi. Les échappées du peloton. Car le corps est une sorte de peloton d’exécution. Tout doit mourir dans le corps. Rien ne subsiste. Alors les gestes vont dans tous les sens. Et les sens se répartissent dans le corps. Les sens provoquent la respiration du corps pelotonné. Jusqu’au moment où celui-ci décidera, d’un commun accord avec lui-même, qu’il faudra tout ratatiner dans la mort.

 

 

***

 

 

l’espace rend les gens agréables l’espace          les gens se voient moins ils devinent          juste ils devinent les gens           qu’il y a          d’autres gens ça les rend          agréable qu’il y ait pas           trop de gens que les gens          soient noyés dans l’espace que l’espace          les efface ça les rend          agréable que l’espace          soit un vaste trou          c’est un bon trou d’espace          ici          un trou           où ça respire les gens           peuvent souffler dans           leur trou         respiré ils respirent           ça rend          agréable           de vivre être vivant c’est plutôt           pas mal disent les gens          être en vie c’est plutôt pas         désagréable          dans cet espace là les gens           tombent dedans           on les voit plus ils sont           dans un coin d’espace          agréable           ils se dispersent ils           sont moins les uns          sur les autres          les autres            les uns         avec les autres          les uns sur le pourtour           des autres comme si          les uns           envahissaient les autres comme si          les autres ensevelissaient         les uns            tous les uns           et tous les autres           à s’épier           à se regarder de travers tout en tombant           dans un trou           qui respire plus          alors qu’ici ça respire          ici          on tombe dans un espace          vivant un espace          respirant           les gens disent ça me plairait bien          d’être ici          ça me plairait bien          d’être vivant          ça me toucherait beaucoup          si j’étais en vie ça me rendrait          agréable           dans cet espace-ci un espace         agréable          où on touche          le vivant tout en          respirant

 

 

Charles Pennequin

 



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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 19:47

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  • Tapages
  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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