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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 11:12

 

 

 

C’est ainsi que nous crevons, peu à peu : mains fermées, yeux vitreux, bouche ouverte, une pissotière à la place de la poitrine.

Dehors la rumeur des voitures ne faiblit pas.

Dehors un semblant de vie persiste faible. Si seulement. On erre nos fantômes entre des murs fissurés. On ne sort pas, plus. On n’en a pas la force.

Chaque nuit s’abat lourde comme une paupière. Ça passe interminable, à se taper la tête par terre.

Sans rien dire, le corps arc-bouté, un pont entre cet intérieur et le prisme de la fenêtre.

Tout ça un jeu de lumière.

 

 

 

***

 

 


Nous croirons au vide, à l’absence, à la faiblesse, à la lâcheté, au manque.

Nous croirons que toutes choses doivent être détruites.

Nous croirons au sang, au sperme, à l’urine : gloire de l’excrémentiel. Nous croirons à la fin de l’humain.

Nous y élèverons des autels dans le confort de nos intérieurs.

 

 

 


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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 10:26

 

 

 

La peau des vieux

 

Née épaisse et adhérente, la peau n’est alors plus qu’un fin drap posé sur les chairs, à force d’amincissement. De plus en plus près de s’envoler au premier coup de vent, elle se ramasse pourtant du côté où l’on se penche, attirée par la terre. Leur corps, on dirait une poire écorchée sur laquelle on coule du chocolat : ça fait des plis et ça tombe.

 

 

La pfau dfs vifux

 

Nff fpaissf ft adhfrfntf, la pfau n’fst alors plus qu’un fin drap posf sur lfs .hairs, à for.f d’amin.issfmfnt. Df plus fn plus près df s’fnvolfr au prfmifr .oup df vfnt, fllf sf ramassf pourtant du .ôtf où l’on sf pfn.hf, attirff par la tfrrf. Lfur .orps, on dirait unf poirf f.or.hff sur laqufllf on .oulf du .ho.olat : ça fait dfs plis ft ça tombf.

 

Quand on remplace le E par le F et qu’on enlève le C, l’écriture, ça fait de la friture.

 

 

 

Nrr rpaissr rt adhrrntr, fa prau n’rst afors pfus qu’un fin drap posr sur frs chairs, à forcr d’amincissrmrnt. Dr pfus rn pfus prrs dr s’rnvofrr au prrmirr ioup dr vrnt, rffr sr ramassr pourtant du iôtr où f’on sr prnihr, attirrr par fa trrrr. Frur iorps, on dirait unr poirr riorihrr sur faqurffr on ioufr du ihoiofat : ça fait drs pfis rt ça tombr.

 

Quand on remplace L par F, E par R et C par I, la lecture, ça fait de la friture.

 

 

 

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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 12:14

 

 

 

notre existence est menée par les formes non existentielles de la quantité

c’est la quantité qui donne la mesure

et l’unique

de l’esthétique destinée à rendre visible

et commune

une forme d’existence imposée

mais si visible et partout qu’on ne peut pas

la voir

parce qu’elle passe alors pour l’évidence même

 

ici

il y a à insister sur le fait qu’une forme singulière d’existence ne s’oppose pas à une forme singulière d’existence

il y a d’abord à affirmer que toute singularité a besoin d’être un ensemble pluriel unique

ce qui ne se peut si cette singularité est la seule

soit

que toute singularité suppose et appelle toutes les autres singularités possibles

y compris celles qu’impossibilise l’état actuel de nos pensées

telles que les autorise l’actuel état de nos représentations

 

d’où

que ce qui suit

et que je connais pas encore

marque le combat non entre singularités

ce qu’on nous prédit du présent à seule fin de nous détourner du plus évident et du plus important

mais entre une conception totalitaire du singulier

et une conception unitaire du pluriel

 

unitaire

parce qu’il y a à faire entendre que le pluriel est une solidarité générale entre les singularités 

 

totalitaire

parce qu’il y a toujours dans l’injonction de la singularité la certitude d’être unilatéralement  la seule valable 

 

l’identité fait largement entendre son goût pour l’identique

ce qui suppose aussi une définition exclusive de l’altérité

uniformément pour la bonne

et pour la mauvaise cause

la bonne et la mauvaise cause font le lit du dualisme au carré 

 

 


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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 17:57

 

 

 

affiche-saulnois-copie.jpgweb.jpg

 

 

 

Vous y retrouverez certains contributeurs de Tapages : Alain Helissen, Franck Doyen, Yannick Torlini

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 12:12

 

 

 

je fais avec toi

une forme de vie

qui n’est pas une forme de livre

mais l’envol entre les pages du livre de nos nouvelles lèvres

 

ainsi

nous disposons sur la mer

et dans les forêts

et qui coule dans les grandes artères de la ville

une bibliothèque entière

entièrement vivante de toutes ses voix

les sues

les non-sues

les silencieuses qui creusent l’espace d’une respiration entre le savoir et le non-savoir

 

nous ne marchons pas avec nos pieds

mais avec une voix qui fait pousser nos pieds dans nos têtes

 

ainsi nos corps ne sont pas un amas d’organes correctement orthographiés et correctement identifiés dans l’ordre voulu par la bien-pensance de la biologie

nous avions déjà des corps bien avant de savoir comment s’organisait la machinerie sous la lisseur de la peau

 bien avant sous la blancheur de connaître comment le rouge vivait d’être ce qui n’arrête jamais son chemin

notre corps n’est pas non plus la créature culturelle naît de sa séparation d’avec l’esprit

l’espace de pouvoir inventé entre eux ne concerne pas les exigences de notre force

cet espace de pouvoir constitué pour la domination et qui continue de nous faire oublier

a inventé une géographie politique totalitaire où l’impensé continue de tirer à vue sur la pensée

en se revêtant de l’uniforme de l’impensable

 

par exemple

le concept d’incarnation

dans toutes les circonstances où il s’utilise

dit sans le savoir qu’il y a une différence concrète

et immuable

et indéniable

entre les formes connues de l’aliénation

et les formes connues de la liberté

alors que la liberté n’a de formes qu’inconnues

et que les formes connues de la liberté ne sont en fait que des formes supportées de l’aliénation

le concept d’incarnation

ne peux mener qu’à une pensée déjà pensée  

destinée à produire sur chacun la certitude complaisante que la vie passe par le chas d’une aiguille qui coud entre eux les longs moments de mort de la vie avec le fil de très rares instants d’intensité programmée

les définitions portées par cette représentation excluent à peu près tout le monde et à peu près toute les secondes des rescapés de l’idée même de la vie

de la vie dans le sens qu’elles autorisent

alors nous sommes des cadavres seulement habillés en dimanche

et quand nous croisons d’autres cadavres

et que d’autres cadavres nous croisent

il n’y a à voir entre nous que les vêtements mal rapiécés mais regarde bien le jour passe

or

l’habitude de l’espèce est de se battre

s’il le faut

et en dernier recours

pour la vie

non pour son contraire

si bien qu’il est à peu près certain

qu’on peut tout faire accepter à un homme dont la vie apparaît à tous

comme à lui-même

en lambeaux

déjà

le concept d’incarnation n’explique pas à lui seul l’acceptation avec laquelle nous accueillons les effets de la tyrannie

actuelle

et vieille

c’est la même

mais il est

dans tous les emplois qu’on peut en faire

solidaire des autres concepts qui font la représentation générale de la vie

l’idéologie

qui nous travaille quotidiennement

c’est un fil mince

tissé avec tous les autres fils

il fait le tissu couvrant qui aujourd’hui nous sépare de sa mince pellicule de ce que

sans lui

nous serions tenté d’appeler la vie

 

cette vie a lieu

ce sont nos bras nos mains qui s’imaginent ne pouvoir ni l’étreindre ni même la toucher

elle a lieu d’être son déplacement

 

cette vie

n’est ni à étreindre

ni à toucher

elle est à faire vivre de vivre

 

mince pellicule oui

fine membrane translucide

mais parfaitement étanche

à toute forme de lucidité

 

et maintenant sur la table de la cuisine d’où s’envole la présence têtue de notre rencontre

il s’agit d’entrer dans une matière détachée des certitudes

et des petits horizons caduques de la pensée déjà pensée

il s’agit

par un bond

conceptuel et non-conceptuel

théorique et pratique

joyeux et déterminé

d’ici même sentir par une pensée non prédictible

que nous sommes en plein dedans

 

 

 


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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 18:12

 

 

 

Il y a des livres qui ne se laissent pas saisir puisqu’ils sont tout entiers construits sur un refus. Claire la nuit de Serge Ritman fait partie de ces refus : de la langue qui n’est pas geste amoureux, du dualisme de la relation et du dualisme du signe, d’un quotidien qui ne serait pas habité par la parole. Mais aussi : refus d’un refus qui ne serait qu’un simple acte négatif, creux, qui ne changerait pas tout non en oui.

Le livre de Serge Ritman a quelque chose d’insaisissable, ne serait-ce que dans la formulation oxymorique du titre : Claire la nuit, oxymore qui ne demeure que si l’on ne perçoit que le mot et non une individualité dans l’expression. Le mouvement est perpétuel, insaisissable, une volonté de « s’asseoir sans chaise », pour reprendre la citation de Ghérasim Luca, chère à Serge Ritman, et que ce dernier garde lui-même souvent à l’esprit, et à la bouche de l’esprit. Tout lecteur désireux d’être pris par la main sera déçu : Claire la nuitne propose qu’une absence d’assises, au profit d’un mouvement de va et vient entre les contraires, mouvement qui cherche le mélange de ces contraires.

Il y a des opposés, certes, et d’ailleurs le livre de Serge Ritman se construit véritablement comme un dialogue entre ces opposés (entre le je et le tu, le clair et l’obscur, la voix du poète et les voix des poètes). Mais l’œuvre n’en reste pas là : plus qu’une dualité, c’est une fusion des opposés qui est recherchée – des mélanges, comme le rappelle le sous-titre. Encore une fois, le titre Claire la nuit illustre l’entreprise : fusion de l’ombre et de la lumière, mais également fusion de la fusion dans la femme aimée, Claire, l’écriture du clair-obscur :

 

profondeur du profond le noir

de ton nom illumine l’ombre

ma voix s’enfouit au plus

loin de ta proximité appelée quand

soudain l’éclair montre toutes nos nuits dans

ton envol

(p 16)

 

La fusion, le mélange ne peut s’opérer, on le voit, que par la voix et la parole, qui transforment chaque acte de langage en acte amoureux, chaque bonjour en je t’aime (pour citer Langage et relation : et même dans Claire la nuit, ces bonjours reviennent ça et là) : le livre se fait tout entier geste, geste désirant, geste érotique. Dans la continuité des questionnements de Serge Martin (le véritable patronyme du poète), Claire la nuit est une poésie qui cherche – et trouve ! – la relation dans le langage : c’est bel et bien une écriture de l’amour que nous propose le poète, une écriture de l’amour qui ne tiendrait que par une écriture du corps-langage, car tout corps est fait de mot, et toute parole faite de chair :

 

nous nous faisons un

je-tu autour du corps

tes pieds dans ma

tête dans tes jambes

je te prends dans ta prise enroulée tu me

prends me renverse

 

au cœur de ta lumière

(p 14)

 

Le corps permet le dialogue (et le mélange amoureux) de je-tu, ce jeu de questions-réponses qui aboutit nécessairement dans l’acte érotique au quotidien, en refusant que tout énoncé ne soit pas incarné et mouvant.

C’est que Claire la nuit propose tout un réseau d’échos : échos, bien sûr, entre je et tu, mais également entre Martin et Ritman, et aussi et surtout : entre Serge Ritman et les écrivains qui sont sans cesse cités : Bernanos, Ingeborg Bachman, Celan, Hugo, Kafka, etc. Le poème réécrit, fusionne et mélange : mélange les voix dans la voix, la voix dans les voix, les corps dans le corps, pour atteindre au final, non pas une unicité, mais une unité :

 

Il n’y avait plus qu’à se répéter. Quelques bonnes paroles toutes faites. Quelques citations à comparaître. Paroles toutes faites. Comme celles qu’on chante. Sans plus savoir ce qu’on dit. Alors quand les marionnettes de l’histoire. Quand les idées de ceux qui savent qu’ils sont. Dans le courant de l’histoire. Quand elles ont fait leur petit tour. Et puis s’en vont. On entend l’inattendue. La parole qu’on n’attendait pas. La contre-parole. La parole libre. Celle qui ne nomme pas. Ni ne correspond à ce qu’on voit. Perçoit. Conçoit. Oui. (p 44)

 

Et cette parole est là, toujours hantée par Ghérasim Luca, et son poème « Prendre corps » :

Renversée je te corps d’amour, je te sueur mon frère mon poème mon amant de nuit

 

Renversée je te cri d’amour, je te double mon lit mon nuit des tous les jours bonjour très suant à travers ma fourrure tes étoiles

 

À la renverse de mon soulèvement je te fais la vie dans les poèmes je t’aime (p 22)

 

Le livre de Serge Ritman se place au cœur du langage, pour atteindre le cœur de la relation amoureuse, dans l’écriture d’un je-tu qui devient mélange habité par la question du temps (« Seulement ce sable qui coule me fait aussi voir que le temps change l’espace : que ton corps emporte avec lui tous les airs qu’il a respiré et que je ne peux me contenter d’un ici : tu es pleine d’ailleurs. » p 62). Cette question du temps semble contrebalancée par une écriture du contraste (déjà présente dans le titre), contraste lui-même amené par le thème de la photographie, qui parcourt toute l’œuvre, la photographie comme acceptation et refus du temps qui change le tu :

 

il prend les corps dans son objectif

la révélation vient toujours après

alors que l’œil les a déjà pénétrés

 

son appareil fait une prothèse réglable

ses objectifs réglés le cadrage capte

l’invisible comme un déshabillage met à nu

[…]

oui on ne voit que ce qu’on nous montre

à moins d’aiguiser la vue jusqu’à voir

ce qui ne peut être montré mais deviné

non on ne capte pas l’instant autrement

qu’en l’inventant dans son érotique furtive

et en l’approchant jusqu’à la stupeur (p 110)

 

Il faut retenir cette idée d’invention : Claire ne cherche pas le ressassement, mais une langue chargée érotiquement par le corps qui s’écrit sans cesse, le corps qui parle et fait le geste, au quotidien, le corps qui mélange et se mélange, se réinvente.

 

 

 

Yannick Torlini

 

 

 

 

 

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Serge Ritman, Claire la nuit, éditions L'Atelier du Grand Tétras, 2011.

ISBN : 978-2-911648-43-4

 

 

 

Serge Ritman 

 

 

Né en 1954 à Cholet (49), après avoir été postier à Paris, instituteur puis formateur d’enseignants à Cergy-Pontoise (Val d’Oise), Serge Martin est maître de conférences en langue et littérature françaises habilité à diriger des recherches à l’Université de Caen-Basse-Normandie. Spécialiste de poésie contemporaine, ses recherches portent sur le continu de la voix et de la relation. Il est membre du comité de rédaction de la revue Le Français aujourd’hui (éd. Armand Colin) depuis 1990. 

Il a participé à la revue Sapriphage dans les années 90 puis a rejoint le comité d’entretien de la revue des éditions Tarabuste, Triages. Il anime avec Laurent Mourey et Philippe Païni la revue et la collection Résonance Générale (éd. L’atelier du grand tétras, 25210 Mont-de-Laval) depuis 2007. Il est l’auteur de nombreux articles et essais et publiera prochainement une histoire de la revue de Georges Lambrichs, Les Cahiers du Chemin (1967-1977).

Serge Ritman a commencé à publier tardivement. Son écriture d'emblée placée sous le signe des commencements (En Herbe) porte devant elle une enfance à la fois innocente et malicieuse. La diatribe sociale n'est jamais éloignée de la déclaration amoureuse dans sa douzaine de livres publiés à ce jour. Sa devise est prise à Ghérasim Luca : « s’asseoir sans chaises ».

 

Bibliographie :

Lavis l’infini(e) avec des lavis or et argent de Colette Deblé, éd. De, 1996.

En Herbe avec des lavis de Maria Desmée, éd. Le Dé bleu, 1997.

Rossignols & Rouges-gorges, éd. Tarabuste, 1999.

À Jour avec des lavis de Ben-Ami Koller, éd. L’Amourier, 2000.

Illyriques, éd. Voix-Richard Meier, 2000.

Scènes de boucherie, éd. Rafael de Surtis, 2001.

Ta Résonance avec des lavis de Colette Deblé, éd. Océanes, 2003.

De l’air, éd. l’épi de seigle, 2003.

Ta Manière noire avec des lavis de Laurence Maurel, éd. L’Attentive, 2004.

Non mais ! avec des collages de Danielle Avezard, éd. Tarabuste, 2004.

Ma Retenue, petits contes en rêve avec des peintures de Ben-Ami Koller, éd. Comp’Act, 2005.

« Correspondances et circonstances, Trois petits contes en lettres » dans Ciel nocturne, Douze poètes et nouvellistes bulgares et français, Paris/Caen, L’Inventaire, Association « Balkans-Transit », 2006..

Éclairs d’œil, avec des lavis de Laurence Maurel, éd. Tarabuste, 2007.

À l’heure de tes naissances, avec des lavis de Laurence Maurel, éd. L’atelier du grand tétras, 2007.

Claire la nuit, avec des lavis de Laurence Maurel, éd. L’atelier du grand tétras, 2011.

 

Publication électronique :

Ton nom dans mon oui, avec une couverture de Ben-Ami Koller, éd. publie.net, 2010.

 

 

Et dans les revues :

Contre-allées, Décharge, Diérèse, L’Étrangère, Lieux d’être, Europe, Incertain Regard, Maisons Atrides, N 4728, Nu(e), Poésie & Arts, Rehauts, Poésie & Art, Résonance générale, Sapriphage, Serta, Triages.

Poèmes traduits en grec, en bulgare et en hébreu.

 

Sous le nom de Serge Martin :

Francis Ponge, Bertrand-Lacoste, 1994.

(avec Marie-Claire Martin) Les Poésies, l’école, PUF, 1997.

Les Contes à l’école, Bertrand-Lacoste, 1997.

(avec Marie-Claire Martin) Les Poèmes à l’école, Bertrand-Lacoste, 1997.

La Poésie dans les soulèvements. Avec Bernard Vargaftig, L’Harmattan, 2001.

(direction) Chercher les passages. Avec Daniel Delas, L’Harmattan, 2003.

(direction) Avec Bernard Noël, toute rencontre est l’énigme, Rumeur des âges, 2004.

L’Amour en fragments. Poétique de la relation critique, Artois Presses Université, 2004.

(avec Gérard Dessons et Pascal Michon), Henri Meschonnic, la pensée et le poème, In’Press, 2005.

Langage et relation. Poétique de l’amour, L’Harmattan, 2006).

(direction) Avec Ghérasim Luca passionnément…, éditions Tarabuste, 2006.

(direction) Nu(e) n° 37 (« Jacques Ancet »), 2007.

(avec B. Bonhomme et J. Moulin), Méthodes !, n° 15 (« Avec les poèmes de Bernard Vargaftig. L’énigme du vivant »), éditions Vallongues,  printemps 2009.

(avec Marie-Claire Martin) Quelle Littérature pour la  jeunesse ?, Klincksieck, 2009.

(direction) Émile Benveniste pour vivre langage, L’Atelier du grand tétras, 2009.

La Poésie à plusieurs voix. Rencontres avec trente poètes d’aujourd’hui, coll. « Le Français aujourd’hui », Armand Colin, 2010.

(direction) Penser le langage Penser l’enseignement Avec Henri Meschonnic, L’Atelier du grand tétras, 2010.

 

 

 

 

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 12:03

 

 

 

maintenant

si tu me demandes pourquoi je m’assois à cette table

pour quelles raisons supérieures il y a que je m’assois à cette table

face

assis

à toi

assis à cette table

je ne pourrai te répondre sans t’inviter d’abord à me suivre

face à face

qu’ensemble on se hisse

jusqu’où le face-à-face devient déplacement

et à entendre que c’est le silence qui nous guide tandis que la  table se désamarre

se défait des liens qui tiennent cette cuisine

et les murs

et les meubles

et les objets les ustensiles qui nous entourent

puisque si tu es là c’est que le silence a creusé dans la parole un puits assez profond pour que toute la maison s’écroule

 

maintenant

je sais que ta question vit plus que vite que la réponse que je peux poser

sur cette table partie

dans cette cuisine ouverte en plein vent

dans l’assiette

à hauteur de rêve

entre toi et moi

 

nous en avons fini

avec tout ce qu’on a voulu nous apprendre par cœur du langage

avec les faux départs amers vers l’incapacité à penser que nous sommes de l’amour

avec le goût immodéré pour l’impossible tellement

qu’on se le met à un pas seulement devant sur un chemin tracé d’avance

avec toutes les formes fermées de la vie

 

nous avons une force incommensurable qui commence avec la nouvelle ignorance évidente entre nos mains

nous avons une grande force

que l’on doit uniquement à la certitude de notre faiblesse

c’est ainsi que même une table dans la cuisine peut devenir un indéniable lieu de résistance autant qu’une grande et déserte bibliothèque

ce qui se passe dans la lumière de l’une n’est pas séparable de ce qui se passe dans la nuit noire de l’autre

c’est le même désordre

sous l’apparence de l’ordre

c’est la même vie qui s’enracine dans l’oubli complet de l’alphabet

dans l’oubli complet des listes

des dictionnaires et des annuaires

 

chaque homme est plus grand que l’ensemble de ses secondes

je l’ai appris un soir d’une bibliothèque à voix basse

je l’ai appris

alors que j’oubliais une oreille ouverte dans cette bibliothèque à l’heure de la fermeture

chaque homme est seulement ce qui tient ensemble tout son pluriel au moment où il dit bonjour à son autre

et que deux hommes tiennent immensément dans une seule poignée de mains

je l’ai appris un soir

quand une bibliothèque ouvrait ses feux au moment de la fermeture

et qu’une minuterie automatique éteignait ses lumières

après la voix sirupeuse de l’évacuation

 

maintenant

une bibliothèque brûle entre nos lèvres

 

et nous parlons dans le désordre analphabétique de tout le langage

pas de b-a ba

pas de babil

ce n’est pas nous qui bégayons

c’est la pensée qui nous impense quand on nous donne à penser que le langage se répète

que la vie se répète

que l’histoire se répète et nous sommes nous partis

 

j’entends ailleurs une voix humaine

sous les voix inhumaines de l’hypermarché du monde où tu te désosses consciencieusement pour les soldes

j’entends naître

une voix et une lumière

dans ce que les néons oublient d’éclairer

un angle vif

dans un angle mort

un commencement de rêve contre la réalité endormeuse de ton effacement

 

 


 

 

      Philippe PAÏNI est né en 1974. Il vit et travaille à Marseille. Il a participé aux ouvrages suivants : Le Rythme dans la poésie et les arts(Honoré Champion), Ghérasim Luca à gorge dénouée (Revue Triage, Tarabuste), Avec Bernard Noël toute rencontre est l’énigme (Rumeur des Ages), au numéro de la revue Faire-part consacré à Henri Meschonnic, à celui de la revue Méthode ! consacré à Bernard Vargaftig, à celui de la revue Continuum consacré à Paul Celan, ainsi qu’à Serge Pey et l’Internationale du rythme (Atelier des brisants / Dumerchez). Des poèmes ont paru dans les revues Sezim et Poésie/Première, ainsi que dans les revues en ligne Terre à Ciel et Les Etats-Civils. Un livre de poèmes, La somme du feu, a paru en 2007 aux Editions de L’Atelier du Grand Tétras qui publieront en 2011 La vie des morts. Il anime, avec Serge Martin et Laurent Mourey, la revue Résonance générale, cahiers pour la poétique, qui travaille ensemble écriture du poème et théorie.

 

http://www.latelierdugrandtetras.fr/

http://revue-resonancegenerale.blogspot.com/


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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 22:00

 

 

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 00:00

 "Le jazz est une musique de chair. Le son passe partout dans le corps. » 

 

Tapages accueille la contrebassiste Joelle Léandre qui a accepté de nous laisser diffuser sa musique et ses écrits.

 

La contrebasse est à prendre à bras le corps et quand s'ajoute à cette danse musicale une voix venue des origines c'est toute une vie mumurée, grésillante et parfois brutale qui apparaît entre les bras et dans la gorge de Joelle :

 

 

 

 

 

"J’écris également. Nous vivons dans une société où le composer prévaudrait sur l’improviser, l’oral. Découpage du monde que nous retrouvons dans une certaine conception occidentale du corps ; le corps dressé, figé dans un répertoire, replié sur certaines positions, sur un certain rendement, qui entretient un rapport étriqué à la respiration, à l’interprétation. Le corps policé, où proposer une interprétation relève de l’hérésie : il faut coller à la partition, ou bien être Glenn Gould. Toutes les interprétations se ressemblent, à un déplacement près, toutes les émotions sont cadrées.

 

[...]

 

Avec un poète, nous travaillons tous deux dans l’oralité. Le premier poète, Homère, l’aède, dit et scande. Travailler avec des poètes constitue pour moi un grand plaisir. La rencontre poétique se joue nécessairement à deux, en corps à corps, en intimité ; sentir les vibrations, la gestuelle, la rythmique, du lecteur, de l’acteur, de l’actant – sa spontanéité. Et se jeter à l’eau, à deux, dans le son en se faisant confiance, faire circuler des flux d’amour, se heurter se bousculer aussi, construire déconstruire. Vivre qu’est-­‐ce sinon tout cela à la fois, simultanément, successivement ?"  pour lire en entier ...

 

 

 

Et voici deux titres joués en duo avec Akosh S.

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 09:39

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Présentation

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  • Tapages
  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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