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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 20:40

 

 

 

nous avons marché et trouvé un équilibre pour ne pas tomber et nous avons marché et marché et marché et la langue et le calcaire la pierre déjà nos dents et nos côtes les cages de l’asphyxie nos vertèbres nos prisons nous avons marché et que nous est-il resté du corps que nous est-il resté lorsque tout n’était plus que cendres et carbone et pluie que nous est-il resté du corps lorsque la boue est devenue notre peau notre devenir et l’os notre frein l’entrave même de la chair nous avons marché et comme nous le paysage a changé s’est transformé en quelque chose de désastreux de bien plus désastreux que la seule idée de ne plus avancer de simplement s’asseoir au bord du chemin et d’attendre attendre attendre que quelqu’un passe et marche et souffre et persiste nous avons marché et le paysage s’est transformé sous nos pieds le sol s’est dérobé mais nous avons insisté pour toujours toujours toujours continuer et marcher et apprendre le silence minéral le silence végétal et la densité de la terre dans nos poumons et ces yeux destinés à ne plus voir mais seulement pleurer et pleurer et pleurer le sel et la plaie nous avons marché un matin pour ne jamais nous arrêter ni regretter ni tourner les talons nous avons marché un matin pour connaître la lutte la guerre et l’anéantissement de tout ce que nous aurions pu être de tout ce que nous aurions pu devenir si vous aviez bien voulu si vous aviez accepté de nous suivre nous avons marché vers le soir vers nos ombres immenses et le soleil très bas nous avons marché mais sans jamais regretter ni abandonner et parfois les larmes parfois l’abattement nous avons marché et marché et marché sans cesse parfois les larmes et l’abattement et cette drôle de pluie qui bat nos visages ravinés burinés creusés d’ornières de sillons de rides d’insomnies aussi nous avons marché et marché et marché encore avec la certitude que rien ne s’arrêtera que rien ne nous arrêtera ni la souffrance ni la boue ni la fatigue ou la nuit avec la certitude que nos corps perdureront et à l’instant précis où la pourriture la racine le fracas de l’os dans la chute nos corps perdureront et nous marcherons encore et même lorsque tout sera immobile autour de nous et nos présences la lourdeur minérale tout perdurera et le chemin la limite la direction l’espoir chaque matin de tout changer de tout parcourir sans jamais s’arrêter ni se retourner nous marcherons encore avec cette certitude au plus profond de notre dislocation cette certitude et ce mouvement qui toujours nous tire vers l’avant nous marcherons même lorsque vos yeux ne verront plus ne pleureront plus nous marcherons un matin vers la limite le désastre et dans toutes les directions possibles pour seulement exister pour seulement espérer encore un peu pour seulement croire oui croire qu’un jour la fraternité des hommes ne sera plus une vague idée ni un long cheminement probablement sans fin mais une réalité une nécessité alors nous marcherons encore nous marcherons comme nous avons marché et marché et marché toujours

 

 

 

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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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