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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 17:44

 

 

 

 

Philippe Jaffeux fait partie de ces auteurs émergents dont les travaux gagneraient à être mieux connus pour leur originalité, leur maîtrise de la contrainte formelle, et leur qualité proprement rythmique, dans une mécanique qui évacue tout lyrisme pour se focaliser sur des aspects plus techniques voire technologiques, ne diminuant en rien les qualités poétiques de l’œuvre. Les lecteurs des excellentes revues N4728, BoXon, Ouste ont d’ailleurs déjà pu croiser cet auteur très prolifique, qui est également assez actif sur le net.

Philippe Jaffeux a ainsi publié cette année aux éditions L’atelier de l’agneau son premier livre : O L’an/, fragment (détachement du O) d’Alphabet, un vaste programme ayant pour base les lettres de l’alphabet, et visant à les resignifier, chacune faisant l’objet d’un traitement artistique particulier.

Le traitement de la lettre O – qui Occupe tout ce premier recueil de Philippe Jaffeux – va être déterminé par sa forme circulaire, associée à la forme circulaire d’un CD-Rom. Dès les premières pages, le programme d’écriture est défini :

 

« Notes : La lettre O s’intitule «L’an / » car elle débute par la 365ième page de « Alphabet ». Elle présente 26 cédéroms d’un diamètre de 12 centimètres qui contiennent, chacun, 15 phrases exposant un mot de 15 lettres orthographié avec deux O. Les huit dernières lettres de chaque phrase sont ponctuées par une barre diagonale afin de suggérer un jour, un mois et une année. La pagination, située au centre, est alternativement blanche ou noire pour correspondre au jeu du jour et de la nuit. Un dernier cercle, sans contour, assiste la conversion d’un o final en un° avant que l’inversion d’une ultime barre diagonale annonce la lettre P.

Précisions : Chaque page contient 30 O et 60 barres diagonales qui séparent 120 lettres. La lettre O se termine, en fait, sur la 11ième ligne de la page Y car celle-ci comptabilise 365 mots avec 2 O, soit la fin d’un an. Les 25 derniers mots, à consonance musicale, ne sont pas des vocables de 15 lettres mais ils contiennent tous 2 O. Le diamètre approximatif d’un cédérom est mis en correspondance avec les 12 mois d’un an (1ière ligne de la page A par exemple). Les mesures récapitulatives sont : des pages (et cercles ou cédéroms), dates, lettres composant les dates, traits (ou barres diagonales), lettres O (ou o), octets, lignes, interlignes, phrases et mots. L’épaisseur approximative d’un cédérom est de 1,2 mm (8ième ligne de la page A par exemple). Les contours du cédérom disparaissent sur la page Z. » (p.5)

 

En se plaçant ainsi dans la lignée de l’Oulipo, peut-être aussi dans celle du Lettrisme, ou plus récemment du Mutantisme (pour l’aspect informatique et technologique), et en pariant sur l’idée du numérique (CD-ROm et Octets), Philippe Jaffeux nous présente une œuvre tentaculaire, aux multiples facettes et possibilités de lectures, induites par la circularité de l’œuvre : le cercle – figure géométrique dont le contour (le tracé du périmètre) n’offre aucune fin ni aucun commencement – vient contaminer le déroulement linéaire de l’alphabet : ne situant plus la lettre entre un alpha et un omega, la réinvention de la lettre implique une réinvention de la langue dans un temps et un espace eux aussi circulaires.

Car il y a bien circulation et circularisation du sens : Alphabet connaît un détachement, celui de la lettre O, de l’infini de l’omega qui, représenté sous forme de CD-Rom, encercle à son tour les 26 lettres de l’alphabet : une lettre dans une lettre dans une lettre, etc. On assiste alors à l’imbrication des possibles, des niveaux de lecture, des temporalités, puisque la place de O, « la 365ième page de Alphabet », est directement mise en relation avec les 365 jours d’une année.

Mathématique folle proche du pythagorisme (si, selon Pythagore, le monde est fait de chiffres, le texte de Philippe Jaffeux abonde dans ce sens : les univers informatiques ne sont-ils pas constitués de suites de 1 et de 0 – ou bien de O ?), nécessité de tourner un rond dans la langue et le temps de la langue pour « s’en sortir sans sortir » (Ghérasim Luca), le livre s’inscrit dans un espace et une temporalité sans cesse réinventés et ressassés, visant à réellement (re)matérialiser la langue et le discours.

O L’an de Philippe Jaffeux, par la poésie, crée ainsi un subtil mélange entre lettres, sciences, techniques et mathématiques, pour aboutir à une œuvre véritablement « cosmogonique » : après avoir longtemps cru que le monde avait la forme d’un disque, l’homme a été contraint de réevaluer sa conception de la géographie terrestre ; ainsi chaque page du livre de Philippe Jaffeux est également une tentative pour sortir d’un temps et d’un espace délimités par le cercle, tentative aboutissant, avec la dernière page de O L’an à la disparition des contours du CD-Rom, forme d’abolition des frontières temporelles et spatiales de la langue, forme de redéfinition de la place de la lettre dans l’univers, de réinvention de l’univers par le langage. Forme également métaphysique et transcendantale de la langue qui, pour reprendre le mot de Pascal à propos de Dieu « [devient] un cercle dont la circonférence n'est nulle part et dont le centre est partout ».

Lors de la lecture du livre de Philippe Jaffeux, il est également important de prêter une oreille attentive au rythme des poèmes : les barres obliques à la fin de chaque phrase, en plus de matérialiser une date, viennent briser la régularité de la diction et offrent une scansion qui replace le texte dans un espace désormais sonore et cahotant, hâché, délimité phonétiquement.

Il serait prétentieux de croire que le livre de Philippe Jaffeux peut être saisi dès la première lecture, tant les contraintes s’imbriquent, s’opposent, se fondent pour aboutir à une œuvre véritablement kaléidoscopique et totale : mais c’est là toute la force du livre et de l’écriture de Philippe Jaffeux : complexe, multiple, miroitante, hors de la durée limitée du livre, pour habiter le temps infini de la langue.

 


 

Yannick Torlini

 

 

 

F Jaffeux

 

                                     (Extrait du livre)

 

 

 

 

 

 

 

Philippe Jaffeux

O L’an

Atelier de l’agneau éditeut

Collection Architextes

ISBN 978-2-930440-42-2

10 euros


 

 

à commander en librairie, ou bien s’adresser à :


 

 

Atelier de l'agneau éditeur 

1 Moulin de la Couronne

33220 ST-QUENTIN-DE-CAPLONG

e-mail : at.agneau@wanadoo.fr

www.at-agneau.fr
http://www.facebook.com/pages/Atelier-de-lagneau-editeur/191018300968693

 

et envoyer ce BON DE COMMANDE rempli

 

 


 

 

 

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commentaires

Boum 20/11/2011 04:04


C'est à vous dégouter de la poesie un vide, ou trou noir poetique pareil. Mais pourquoi écrire un commentaire quand on pourrait poser des bombes.

Tapages 20/11/2011 09:00



Posez vos bombes et réfugiez-vous dans votre "plein" poétique, nous savons de toute façon déjà de quel côté est l'effervescence artistique... Nous savons également qui vous êtes, malgré votre
changement de pseudonyme. La prochaine fois, soyez plus malin, si vous le pouvez.


Cordialement,


Yannick Torlini



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