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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 23:43

 

 

Je vous adresse ce message collectif qui fait suite à celui envoyé le 6 juin dernier. D'une manière où d'une autre vous avez manifesté de l'intérêt pour ce questionnement,

mais si ce message vous importune et si vous ne souhaitez pas être tenu informé de la suite (si suite il y a), faites-le moi savoir.

 

Pour rappel, j'interrogeais, le 6 juin, l'absence de réel statut de l'écrivain en France : un statut qui n'obligerait pas l'écrivain à cette "condition littéraire" qui lui impose une autre activité (salariée, un second métier en somme) et/ou des activités annexes (péri-littéraires, disons).

(A ce stade, je me permets d'emprunter à Bernard Lahire le titre de son ouvrage "La Condition littéraire", parue en 2009 aux éditions La découverte, enquête sociologique interrogeant les conditions de vie des écrivains et d'exercice de leur activité d'écriture.)

 

Aujourd'hui, je tente d'effectuer un recensement des nombreuses réactions alors reçues  (réactions courrielles, téléphoniques ou de discussions directes).

 

Trois grands types de réactions :

 

1) Une satisfaction devant cette "condition littéraire" :

 

Un certain nombre en effet exprime une forme de satisfaction, mais aussi d'acceptation de cette "condition de l'écrivain.

Un certain nombre aussi se disent absolument hermétiques/épidermiques à l'idée d'un statut, en ce qu'il serait la mise en place d'un art institutionnalisé/art d'état.

Notons là qu'il est peut-être nécessaire d'interroger plus avant les écrivains sur leur degré de satisfaction et sur leurs désirs quant à cette/leur condition,

d'ouvrir ce questionnement en amont à toute recherche/élaboration d'une autre "condition littéraire".

 

2) Une insatisfaction quant aux conditions de mise en oeuvre de cette actuelle "condition littéraire" :

 

Un état des lieux qui laisse entrevoir tout de même des dysfonctionnements

- dans notre relation avec les éditeurs (on peut voir à ce propos l'enquête menée en mars dernier par la SCAM et la SGDL sur les relation auteur et éditeurs) : difficultés d'obtenir une réédition des comptes, d'obtenir les droits d'auteurs, absence d'à-valoir...

- dans notre relation avec les programmateurs d 'événements littéraires (manifestations, lectures ou performance ponctuelles...) : relativement à un prix de prestation très élastique et ne tenant pas en compte le travail en amont

Mais aussi par des dispositifs insuffisants d'aides directes aux auteurs, disparates d'une région à l'autre en France, en matière notamment

- de résidence,

- de bourses.

 

Un état des lieux qui laisse aussi entrevoir :

- des problèmes importants de diffusion des écritures actuelles,

- un manque flagrant d'enseignement des pratiques actuelles d'écritures.

 

 

3) Déjà, des pistes de réflexions / de recherche d'une autre "condition littéraire", de ce que j'ai appelé un réel statut social de l'écrivain :

 

Deux idées à ce jour semblent se détacher :

- un travail d'extension du statut de l'intermittence à l'écrivain

- un travail de mise en parallèle du statut du chercheur et de celui de l'écrivain (judicieux aussi et surtout si l'on se place  à cet endroit de la recherche littéraire).

 

Notons toutes les difficultés, inquiétudes, réticences qui s'expriment à propos des critères de sélections/d'attribution, et de contrôle de cet éventuel statut.

 

Je tiens à indiquer la grande diversité des provenance de ces réponses : venant d'écrivains qui, certes sont tous concernés de près où de loin par la poésies,

mais qui en sont à des stades tout à fait différents de visibilité/diffusion de leurs travaux d'écritures.

 

 

A ce stade de réflexion, il me semble nécessaire d'effectuer :

- une recherche sur l'histoire de cette condition littéraire en France : le statut de l'écrivain a-t-il été interrogé lors de la mise en place du statut de l'intermittence par exemple ? A-t-il existé des moments de revendication de cette" condition littéraire" ?

- une recherche sur la condition littéraire dans d'autres pays.

- une recherche très technique sur le statut de l'intermittence, afin d'imaginer quelles seraient les conditions d'extension de celui-ci aux écrivains

- une recherche sur le statut du chercheur sur la "condition de la recherche", afin d'imaginer là encore quelles seraient les conditions d'extension de celui-ci aux écrivains (a la recherche littéraire).

 

 

 

Enfin, et pour finir, s'il s'agit de réfléchir à une autre "condition littéraire" à construire,

à l'heure où les pratiques artistiques subissent des assauts de toutes parts (voyons ce qui est proche : les tentatives actuelles de modifications du CNL)

à l'heure où l'individualisme se fait de plus en plus flagrant au sein même de nos pratiques artistiques et d'écritures, un individualisme faisant de nous des concurrents en compétition les uns contre les autres,

 

pouvons-nous imaginer un travail collectif sur ces questions ?

 

Quelle forme cela peut-il prendre ?

 

 

à vous lire et / ou à vous entendre / et ou à se voir

 

Franck Doyen

 25 Grande Rue

54760 Armaucourt

06/45/56/31/24

fra.nck.doy.en@free.fr


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commentaires

Coline Dé 30/06/2012 13:43


Bonjour


Il m'est difficile de me placer dans la peau  de l'écrivain : je suis et revendique le statut d'amateur. Pour moi, l'art devrait être gratuit, tant du point de vue de l'artiste que
du "' consommateur", ce qui me parait le seul moyen de conserver sa totale liberté. Faire un autre métier n'est probablement pas plus prenant que les contraintes connexes  au métier
d'artiste ( recherches de visibilité, de sponsors, de  promotion etc...)


Mais je conçois évidemment qu'on puisse  avoir une autre approche.


Cordialement


Coline

Tapages 01/07/2012 11:26



Coline, je reste sur la position travail = rémunération, car écrire est bien un travail. Après, bien sûr, on peut ou non chercher à en faire son métier, comme on peut faire de la maçonnerie ou du
jardinage pour son simple plaisir personnel. Mais si tout devient gratuit, je pense que les lectures, les performances, tout ce qui a un coût (déplacement, organisation, etc), va disparaître.
Peut-être pas l'écrivain en tant que tel, non, mais en y réfléchissant, crois-tu que ça ne te ferait pas te sentir une personne de seconde zone, si tu étais électricienne, et qu'on te disait "ton
travail doit être gratuit, tu fais ça comme ça pour le fun, et tu te cherches un autre boulot à côté pour vivre".


C'est de ça que l'on parle, quand on aborde le statut de l'écrivain : la considération liée à la rémunération.


Car, malheureusement aujourd'hui, il est nécessaire de s'insèrer dans une économie pour pouvoir faire partie du corps social.


Mais il est aussi normal qu'une personne qui, au fond d'elle, se sent plus écrivain qu'employé(e), puisse vivre de cela. Ne pas laisser cela du côté du hobby ou du loisir, car on est bien dans
une société du loisir, et je pense que c'est un danger (mais je ne m'étendrai pas sur ce point là ici)


Et concernant les jobs à côté : tout dépend du second travail que tu fais. Moi, par exemple : j'ai été un peu tout, mais surtout ouvrier, 39h par semaine, cumulé à un second job le week-end : ça
me faisait parfois du 50h de boulot par semaine. Quand est-ce que j'écris, là-dedans ? sûrement pas les soirs, en rentrant complètement "cassé" physiquement après une journée passée à abattre des
arbres, ou bien à faire la plonge, ou encore à porter des poutres en métal 



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