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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 23:03

 

 

 

Nous tenons à remercier chaleureusement le poète Charles Pennequin (que nous ne présentons plus) de nous avoir fait l'honneur de nous envoyer une contribution pour Tapages. Lisez et respirez, ça en vaut la peine !

 


 

 

Il faut pouvoir penser à partir de la douleur et du rire philosophique. La pensée est quelque chose qui se veut libre et en dehors du corset sectaire des générations d’oubliettes. Générations à tête de linotte. Tête d’alouette. Générations je te plumerai. Générations je te tiens tu me tiens par la barbichette. Générations ainsi font font font font. Génération trempez là dans l’huile et génération trempez là dans l’eau. Générations les pires ou les moins douées depuis belles lurettes. Car la pensée veut aussi le chant mais sorti. Le chant sorti et qui aurait déjà trop subi tous les encombrements de générations. Les encombrements de générations sont les mains et la langue. La voix. La langue et les mains sont les encombrements de leur pensée. Alors la pensée peut s’amuser. La pensée peut jouer avec le cri et avec les gestes dans tous les sens pour traduire son inexistence et s’échapper des générations. La pensée profite de son élan pour sauter dans l’air. Les générations ont le nez en avant. La pensée est ce qui réclame le plus d’air. Les générations respirent. La pensée c’est du jet vers le dehors. Les générations sautent. L’expulsion du sensible au dehors. Sensible qui veut dire : j’ai pris suffisamment de coups dans la poire pour vouloir et pouvoir. Pouvoir et vouloir. Et tout ça hors de ma poire. Hors de toute poire et sauter. Le saut dans le vide de la pensée grâce à tout ce qui est possible de faire. Avec tous les encombrements de corps et les coups de pied au cul de l’existence. La pensée c’est des bosses et des coups dans la poire. C’est aussi le ramassement de l’intérieur pour un soulèvement possible hors du corps. Grâce à tout ce qui forme le corps. A son côté empâté et impossible. Grâce à toute la finesse écrasée des organes. Finesse et écrasement, entre les deux mon cœur balance. C’est-à-dire qu’entre les deux la pensée circule et s’échappe. Le chant est une forme d’échappée du corps. Tout comme le geste. Les gestes s’échappent eux aussi. Les échappées du peloton. Car le corps est une sorte de peloton d’exécution. Tout doit mourir dans le corps. Rien ne subsiste. Alors les gestes vont dans tous les sens. Et les sens se répartissent dans le corps. Les sens provoquent la respiration du corps pelotonné. Jusqu’au moment où celui-ci décidera, d’un commun accord avec lui-même, qu’il faudra tout ratatiner dans la mort.

 

 

***

 

 

l’espace rend les gens agréables l’espace          les gens se voient moins ils devinent          juste ils devinent les gens           qu’il y a          d’autres gens ça les rend          agréable qu’il y ait pas           trop de gens que les gens          soient noyés dans l’espace que l’espace          les efface ça les rend          agréable que l’espace          soit un vaste trou          c’est un bon trou d’espace          ici          un trou           où ça respire les gens           peuvent souffler dans           leur trou         respiré ils respirent           ça rend          agréable           de vivre être vivant c’est plutôt           pas mal disent les gens          être en vie c’est plutôt pas         désagréable          dans cet espace là les gens           tombent dedans           on les voit plus ils sont           dans un coin d’espace          agréable           ils se dispersent ils           sont moins les uns          sur les autres          les autres            les uns         avec les autres          les uns sur le pourtour           des autres comme si          les uns           envahissaient les autres comme si          les autres ensevelissaient         les uns            tous les uns           et tous les autres           à s’épier           à se regarder de travers tout en tombant           dans un trou           qui respire plus          alors qu’ici ça respire          ici          on tombe dans un espace          vivant un espace          respirant           les gens disent ça me plairait bien          d’être ici          ça me plairait bien          d’être vivant          ça me toucherait beaucoup          si j’étais en vie ça me rendrait          agréable           dans cet espace-ci un espace         agréable          où on touche          le vivant tout en          respirant

 

 

Charles Pennequin

 



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commentaires

christine brunet 05/02/2011 07:30



Jeux de ping-pong, de vides, de soupirs, d'esquives... Amusant de tirer des mots leur quintessence.



catherine veillon-guilloux 03/02/2011 14:11



ESPACE VITAL 



Pascale 02/02/2011 09:35



Inspiré... expirez...


 



Yannick T. 01/02/2011 23:30



"La pensée peut jouer avec le cri et avec les gestes dans tous les sens pour traduire son inexistence et s’échapper des
générations."


Encore merci, Charles, pour cette participation vivifiante. Le poème doit se débattre dans la pensée qui ne passe pas.
Ce "serait pas une vie d'exister", sinon.


 


Amitiés,


 


Yannick Torlini



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