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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 18:28

 

 

 

nous avons marché et marché et marché encore oui nous avons crevé encore et plus loin que le temps plus loin nous avons crevé ici où il fait très froid où il fait très sol et très seuls nous avons crevé sous vos yeux qui refusent de voir et même dans la nuit absente nous avons marché et marché et marché encore et respiré aussi en nous demandant si nous morts si nous des fantômes ignorant notre condition si nous des mirages luttant contre la végétation le désert et le sable qui tôt ou tard recouvrira tout nous avons marché mais nous morts nous le mirage n’étions peut-être pas là seulement l’écho d’une lutte plus ancienne contre le sable et le vide nous morts nous n’étions peut-être pas là et ce bruit de semelles déjà si lointain et le cri des corneilles merles pinsons nous avons marché et non rien rien que le silence et peut-être nous pas tout à faire morts encore nous peut-être quelque chose entre le fantôme et l’ombre toujours en mouvement peut-être quelque chose de plus lointain que le corps et le souvenir de l’os pas tout à fait nous avons marché et marché et marché dans cette incertitude l’angoisse sommes-nous là existons-nous vraiment nous avons marché comme les morts les fantômes les souvenirs marchent c’est-à-dire en silence sans traces et plus loin que vous nous avons marché sommes-nous là existons-nous et plus aucun son plus aucun chant ni les balles ni les bombes ni même vos rires qui pourtant nous ont si longtemps accompagnés nous avons marché et marché et marché si loin tout au bout de la limite tout au bout de la forêt et vers un désert qui tôt ou tard nous avons marché pour devenir le sable sous les pieds entre les orteils et dans la bouche aussi dans la bouche l’aridité nous avons vu ce devenir et pourtant encore la terre la racine l’humus et ces craquements de branches ou peut-être nos dents que vous écrasez nos dents nos mâchoires ce qu’il reste ou restera de nous après l’aube après le soir après la fin du monde même lorsque vous aussi vous vous serez battus contre ce désert qui aura pourtant le dernier mot et dans cette nuit qui ne vient pas nous avons marché et marché et marché encore et à nouveau la forêt et la brutale conscience de la force des hommes oui cette force cette ténacité sans limites car la vie humaine est bien difficile bien douloureuse et parfois décevante oui la conscience soudaine que chacun lutte à sa façon et contre son propre néant son propre désastre sa propre existence si difficile et sans nous être jamais arrêtés sans jamais jamais jamais avoir tourné les talons nous avons repris et marché et marché et marché encore

 

 


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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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