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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 14:56

 

 

 

tu t’éveilles au son de ce qui ne viendra pas. tu t’éveilles encore au milieu de tant et tant et tant de. tu t’éveilles encore matin dans ce matin concédé à l’attente d’un ressassement. tu t’éveilles. à nouveau. tu t’éveilles c’est un jour quelconque à nouveau, non ouvré, indéfinissable à nouveau, quelconque. c’est un jour quelconque, tu t’éveilles, tu attends.

c’est un jour quelconque, compliqué, identique, compliqué, compliqué, compliqué, tu t’éveilles identique dans ce jour sans cesse. compliqué, brisé, ressassé, tu t’éveilles dans ce jour identique aux autres jours identiques, compliqués.

c’est un jour quelconque, tu t’éveilles à une heure quelconque, d’un rêve quelconque, tu t’éveilles et c’est le matin, l’attente du ressassement à venir, à nouveau. c’est le matin, le ressassement, tu t’éveilles c’est le matin, perdu dans tant et tant et tant de, c’est le matin, tu t’éveilles. ta langue se traîne dans ta bouche c’est le matin. ta douleur se traîne dans ton corps, ton sang dans tes veines, tes pensées dans ton cerveau défraîchi, c’est le matin, tu t’éveilles. sous ta fenêtre les moteurs et les cris et les allées et venues et les rideaux métalliques et les cafés. perdu à nouveau dans tant et tant et tant de. c’est le matin. comme chaque matin tu t’éveilles : c’est le matin, tu t’éveilles, dans un ressassement qui te poursuit depuis tant d’heures de minutes de secondes d’années de siècles.

c’est le matin, tu t’éveilles, tu passes la nuit et passes le jour et traverses la vacuité de cette lumière qui filtre peu : c’est le matin à travers les persiennes. tu traverses ta vacuité en sifflotant, par habitude, par acceptation, par tranquille désespoir. c’est le matin, tu t’éveilles, tu traverses la vacuité d’une vacuité. tu sifflotes dans ta tête lourde, tu penses difficilement.

c’est le matin et tu t’éveilles et te dis que tu as trop bu, encore trop bu, encore trop bu, encore trop bu, qu’il est tard malgré tout, que ton corps est douloureux, encore douloureux, que la journée est libre, que c’est là le contraste entre hier et aujourd’hui puis demain, qui constitue le point redoutable du salariat entre hier et aujourd’hui puis demain encore. tu t’éveilles, entre hier et aujourd’hui puis demain, tu t’éveilles, c’est le matin, tu te dis que ce contraste avec la journée laborieuse de demain te rends déjà le moment présent insupportable, insupportable,

insupportable.

c’est le matin, tu t’éveilles, dans un matin insupportable et non-ouvré et toujours moins douloureux que le lendemain qui suit sans cesse. auourd’hui toujours moins douloureux. aujourd’hui toujours moins douloureux. toujours moins douloureux que le lendemain. toujours moins.

toujours moins.

toujours moins.

toujours moins.

c’est le matin tu te réveilles engourdi la bouche et le cœur pâteux, c’est le matin, engourdi, ton sommeil cloué dans les draps, tes muscles ramollis pris dans l’étau de la torpeur. c’est le matin, tu t’éveilles encore, cloué dans ton quotidien, cloué dans ton sommeil, cloué dans ta vie, cloué dans ton salariat week-endisé. c’est le matin, tu t’éveilles, ton corps une masse informe sous les draps 80% coton 10% acrylique 10% coma. ton corps une masse informe et lourde et transpirante et aigre, acide. c’est le matin ton corps une masse informe et aigre est le poids de tous les matins éveillés.

tous les matins.

tous les matins acides et puants et comateux attentes du salariat routine et tramways. ton corps reflet du moment, d’une époque, d’un passé, d’un futur, d’une génération. ton corps reflet. ton corps reflet de toi-même, ton corps ta propre ombre. ton corps est là, puant, transpirant, reflet, ta propre ombre, ton propre reflet, tu t’éveilles dans l’odeur de ce matin identique à tous les matins toutes les nuits tous les possibles. puant, et puant encore, tu t’éveilles hagard, lent, lourd, dans une époque hagarde, lente, lourde, identique. tu t’éveilles et t’éveilles et t’éveilleras encore identique dans ces jours identiques.

tu t’éveilles, c’est le matin, les draps 80% coton 10% acrylique 10% coma en vrac. tu t’éveilles, étires une jambe, puis l’autre. étire un bras, puis l’autre. étires une pensée, puis l’autre. tu es la difficulté dans ce matin.

tu t’éveilles, c’est le matin, se lever est le premier but insignifiant de la journée, parmi des milliers d’autres buts insignifiants de la journée. tu t’éveilles, t’étires, bâilles peut-être, te lèves, draps et corps en vrac. c’est le matin. draps et corps et pensées en vrac.

comme tu heurtes le sol de tes pieds,

comme tu arpentes la pièce,

comme tu arpentes,

comme tu titubes,

comme ton estomac te pèse,

comme tu te diriges vers la salle de bains souvenir de cuite,

comme tu t’approches de la porcelaine,

comme tout ton corps se tord et se tend pour rendre, souvenir de la nuit, nuit dans le matin, nuit dans le matin, nuit dans le matin.

tu poursuis enfin ta déambulation d’espace en espace, de pièce en pièce, de souvenir en souvenir. tu poursuis ta déambulation et descends l’escalier, tu poursuis ta déambulation marche après marche, tu poursuis ta déambulation douleur articulatoire après douleur articulatoire, nausée après nausée. tu poursuis ta déambulation jusque dans salon puis cuisine puis évier pour boire eau

+ eau

+ eau

+ eau

+ eau.

tu poursuis et ouvres la porte du réfrigérateur. tu poursuis et t’aperçois que la faible ampoule éclaire un vide. tu poursuis, refermes la porte, tu poursuis, et décides que ton prochain but insignifiant parmi tant de buts insignifiants sera la recherche de nourriture à travers la ville et l’absence de ville.

 


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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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