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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 12:00

 

 

 

 

la cuisine ne suit pas de recette

la cuisine ne répète pas les savoir-faire

la cuisine continue d’inventer un rapport matériel à sa propre destitution

car cette cuisine ne peut appeler notre réunion que si en elle brûle l’institution des recettes et des savoir-faire

la cuisine n’est ni simple

ni élaborée

ni nouvelle ni traditionnelle

car les catégories mettent toujours de l’immangeable dans les bouches

de l’indigeste dans le ventre mou de l’époque

la cuisine n’est ni intégrée

ni désintégrée

car il faudrait alors présupposer un ensemble contraignant de normes

et un certain nombre d’éléments ordonnés selon les évidences de l’ergonomie

même s’il s’agit finalement d’en refuser l’expérience

ou d’en désorganiser les fins ou d’en détourner les propriétés

l’ergonomie n’a d’évidence que si l’on sait déjà quelles formes les corps peuvent prendre dans un agencement où seule leur passivité est appelée à triompher

défaire le confort de l’ergonomie

le détourner vers des formes d’inconfort

a pu paraître un temps suffire

quand il s’est agit de déplier sous la lampe ignoble de l’histoire les constructions complexes et les angles morts de l’humanisme

mais la lumière jetée dans le noir ne suffit pas à réinventer le jour

et passé le moment de la commotion devant l’étale cohérence des contradictions de l’humanisme

devant la plasticité de l’horreur jusque dans l’esthétisation extrême des formes de vie qu’elle induit

il ne peut suffire de renverser la table pour en terrasser la monstruosité

la monstruosité terrassée demeure la monstruosité

ni le constat ni le triomphe ne peuvent espérer ouvrir une liberté telle qu’elle se définirait sans l’aune du constaté et du vaincu

cette liberté dès lors ne saurait être libre au point de ne pas savoir qu’elle ignorance elle met au devant des hommes

dans l’anthropologique à venir

et non dans la crispation sur des prises critiques qui prennent plus qu’elles ne sont tenues

et qui font finalement le triomphe du vaincu en tant que vaincu

ce qui lui assure toujours un pouvoir total sur la réalité

car c’est lui qui tient la lampe et l’oriente

dans la cuisine

la politique de la chaise vide continue la politique des assis

l’absence l’abstention la tentation de l’abstraction les tractations avec le silence

demeurent de l’ordre de la chosité admise de la chaise

changer de point de vue sur les propriétés de la chaise ne peut se faire sans la persistance d’un point de vue plus ancien

et fermer les yeux produit une chaise plus chaise encore de n’avoir à susciter qu’un assoiement abstrait que la mémoire des gestes déjà gesticulés fait passer pour un universel 

 

dans la cuisine il s’agit à présent de s’asseoir sans chaise

sans même avouer le sans

ni la chaise

de manière à ce que la chaise ne puisse jamais se hisser jusqu’à la position de force d’une illusion découverte

laquelle sinon resterait efficiente et prégnante en sa plasticité dont chaque paire de fesses serait l’idiot utile et le silencieux complice

 

il y a dans cette cuisine

qui n’est pas une cuisine

des façons d’être nus qui n’exigent en rien l’invention de la chaise

qui n’auraient pu en nul esprit faire naître l’idée de chaise

des façons de corps qui n’en appellent

ni au repos

ni à la pose confortable des réunions avérées

ni à aucune forme déjà connue de face-à-face

ton corps nu dans la cuisine efface la cuisine

pour nulle alchimie

et n’exige nul ustensile

 

 

 


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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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