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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 12:00

 

 

 

 

on poussera l’exploration

que permet la cuisine ici inventée

dans ses derniers retranchements

entre la chair et l’os

où ça force un peu pour passer

où ça pèse

sur le manche

entre l’os et la chair

ce qui reste et ce qui ne fait

que passer

mais tenir le manche

est une affaire sérieuse

qui exige la constance de mise lors de circonstances extrêmes

car fil après fil

la séparation transforme radicalement ce que l’on voit

et le fait tomber du côté où méconnaissable il parle à présent de ce que nous ne voulons pas voir

face à l’espace fissible de l’articulation

et s’immisçant entre le dur et le tendre

le regard et le langage avec la lame pénètrent aussi ce que toi moi nous ne pouvons recoudre

ni du regard ni des mots

la nuit mise en lumière se réfugie dans nos mains

nous la prenons dans nos gestes

on la met en bouche

on la glisse sous la langue

la langue la dirige vers les dents

les molaires la rendent malléable et molle et la défont

qu’on puisse l’ingérer sans blessure

qu’elle rejoigne la grande nuit dedans 

quand dans la lumière dehors on jette ce qui reste en gardant ce qui ne reste pas

mais si on lâche un instant le manche

la lame ne sait plus faire la différence

et ce qui s’y reflète des deux côtés du couteau

est d’une même évidence notre temps

arrêté

jusqu’à la garde l’aveuglement qui nous laisse parler infiniment et illimite la cuisine

dans l’illusion qu’on peut tenir sa vie

sans tenir dans la même main

ce qui ne peut la continuer sans pousser encore dans le gras de l’illusion et jusqu’à l’aridité de sa fin

ce qui bat et ce qui ne bat pas

portent l’un la définition de l’autre dans chaque

contraction contradiction

qu’un encore fait entendre dans son déjà plus

un déjà plus n’a de sens que tant qu’un encore vient encore le nier

encore un peu

mais c’est toujours le peu qu’il faut trancher

et c’est lui aussi qui promet le beaucoup supposé par chaque instant de notre rencontre

pesant sur le manche

on sait que la rapidité est le chemin le plus sûr

mais on sait aussi que cette rapidité exige d’être le plus longtemps possible tenue

car tant qu’une main pèse

sur le manche

on sait qu’elle aveugle son geste en ouvrant un espace au visible

mais cette main

la tienne la mienne on ne sait pas

on ne peut en décider

n’appartient qu’à l’espace inventée de la cuisine

et sa détermination même la rend anonyme

quel corps son geste ponctue-t-il

quel air il déplace pour donner du respirable au moment que respirer devient inutile

quel air renouvelle-t-il ainsi dans l’air

entre la chair et l’os

la butée de la lame remonte le long du manche

fait dans la main

l’épaule la tête

un étonnement qu’il convient de circonvenir

car cet étonnement fait de nous des inconnus

alors que c’est par cet étonnement que toi et moi nous pouvons nous reconnaître

se reconnaître inconnus

ensemble

fait de l’incident une durée marquée par le frémissement de vie qui saisit

jusqu’au moindre ustensile de la cuisine

endormi dans les placards

et qui avoue tout à coup sa destination

sensiblement aussi relève le feu

sous la casserole préparée et la flamme

se soumet à la nécessité de nos ébullitions

j’écris tu écoutes écouter c’est écrire

c’est ensemble peser sur le manche   

et c’est ensemble dans le même instant de la diffraction dans le sens

de nos diffractions qu’on pousse plus profond  

 

 

 


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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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