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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 12:17

 

 

 

 

je te l’ai dit

tout se tient aussi sûrement que cette assiette et la nécessité de vivre

aussi sûrement que la forme d’un arbre et les courants d’airs auxquels il est quotidiennement soumis

 

il a fallu des milliers d’années

avant que cette assiette vienne prendre sa place sur cette table devant toi

mais ce n’est qu’un instant de plus dans l’expérience critique de ta vie – c’est-à-dire de tout ce qui est toi qui t’échappe

alors dans ton assiette apparaît d’abord l’inefficience d’un calcul du temps qui ne commencerait pas par l’instant précis de notre face-à-face

et à chaque mot nous réécrivons une pré-histoire

une de plus à toutes les nôtres ajoutée

avec une façon de dire qui n’appartient qu’à l’avenir de la parole

même

et de manière encore plus certaine

dans la blancheur de ton assiette la lumière insiste et répète en boucle seulement que tout calcul du temps est en lui-même une répétition inutile

cette blancheur n’est pas un silence

mais l’aveu que tout calcul du temps n’est destiné qu’à en faire oublier le passage

à confondre la chronologie et l’histoire

pour mettre au passé ce qui passe et n’arrête pas

pour fermer le sac où le présent gigote avant qu’on ne le noie dans l’eau noire de la mémoire

dans les saccades il devient effectivement impossible de sentir le lent mouvement du moindre auquel on doit pourtant notre capacité

plus tard

d’en redire l’épanouissement général jusqu’à nous faire

à chacun de nous

un visage une voix un corps tels et certes

éphémères

ouverts à tout ce qui les change

offerts

que seule l’hypothèse de cette cuisine

de cette table et de ces deux chaises

les a rendus possibles

 

nulle chronologie

nulle métrique

nulle dialectique

puisque s’il y a un déroulement

il ne peut dérouler que ce qui n’existe pas encore

l’unité de mesure de ce qu’on vit change toujours

et l’étalon lui-même est d’une labilité telle qu’un rien de souffle suffit à toujours changer les chiffres

puisque seule la labilité de ce que c’est que vivre est l’unité de mesure concrète du temps

le glissement ici invente la corde par laquelle le face-à-face entre deux équilibristes devient un tissage total du vide

mais il n’y a pas non plus de technicité requise

il n’y a pas non plus de maîtrise

être deux ici et l’équilibre singulier qu’on y trouve est une version nouvelle de tomber dans tomber

c’est un rêve du réel tel que seul et pour cette unique fois comme toujours le réel est le rêve de sa propre réalité

 

 

 


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  • : Tapages
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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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