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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 12:12

 

 

 

je fais avec toi

une forme de vie

qui n’est pas une forme de livre

mais l’envol entre les pages du livre de nos nouvelles lèvres

 

ainsi

nous disposons sur la mer

et dans les forêts

et qui coule dans les grandes artères de la ville

une bibliothèque entière

entièrement vivante de toutes ses voix

les sues

les non-sues

les silencieuses qui creusent l’espace d’une respiration entre le savoir et le non-savoir

 

nous ne marchons pas avec nos pieds

mais avec une voix qui fait pousser nos pieds dans nos têtes

 

ainsi nos corps ne sont pas un amas d’organes correctement orthographiés et correctement identifiés dans l’ordre voulu par la bien-pensance de la biologie

nous avions déjà des corps bien avant de savoir comment s’organisait la machinerie sous la lisseur de la peau

 bien avant sous la blancheur de connaître comment le rouge vivait d’être ce qui n’arrête jamais son chemin

notre corps n’est pas non plus la créature culturelle naît de sa séparation d’avec l’esprit

l’espace de pouvoir inventé entre eux ne concerne pas les exigences de notre force

cet espace de pouvoir constitué pour la domination et qui continue de nous faire oublier

a inventé une géographie politique totalitaire où l’impensé continue de tirer à vue sur la pensée

en se revêtant de l’uniforme de l’impensable

 

par exemple

le concept d’incarnation

dans toutes les circonstances où il s’utilise

dit sans le savoir qu’il y a une différence concrète

et immuable

et indéniable

entre les formes connues de l’aliénation

et les formes connues de la liberté

alors que la liberté n’a de formes qu’inconnues

et que les formes connues de la liberté ne sont en fait que des formes supportées de l’aliénation

le concept d’incarnation

ne peux mener qu’à une pensée déjà pensée  

destinée à produire sur chacun la certitude complaisante que la vie passe par le chas d’une aiguille qui coud entre eux les longs moments de mort de la vie avec le fil de très rares instants d’intensité programmée

les définitions portées par cette représentation excluent à peu près tout le monde et à peu près toute les secondes des rescapés de l’idée même de la vie

de la vie dans le sens qu’elles autorisent

alors nous sommes des cadavres seulement habillés en dimanche

et quand nous croisons d’autres cadavres

et que d’autres cadavres nous croisent

il n’y a à voir entre nous que les vêtements mal rapiécés mais regarde bien le jour passe

or

l’habitude de l’espèce est de se battre

s’il le faut

et en dernier recours

pour la vie

non pour son contraire

si bien qu’il est à peu près certain

qu’on peut tout faire accepter à un homme dont la vie apparaît à tous

comme à lui-même

en lambeaux

déjà

le concept d’incarnation n’explique pas à lui seul l’acceptation avec laquelle nous accueillons les effets de la tyrannie

actuelle

et vieille

c’est la même

mais il est

dans tous les emplois qu’on peut en faire

solidaire des autres concepts qui font la représentation générale de la vie

l’idéologie

qui nous travaille quotidiennement

c’est un fil mince

tissé avec tous les autres fils

il fait le tissu couvrant qui aujourd’hui nous sépare de sa mince pellicule de ce que

sans lui

nous serions tenté d’appeler la vie

 

cette vie a lieu

ce sont nos bras nos mains qui s’imaginent ne pouvoir ni l’étreindre ni même la toucher

elle a lieu d’être son déplacement

 

cette vie

n’est ni à étreindre

ni à toucher

elle est à faire vivre de vivre

 

mince pellicule oui

fine membrane translucide

mais parfaitement étanche

à toute forme de lucidité

 

et maintenant sur la table de la cuisine d’où s’envole la présence têtue de notre rencontre

il s’agit d’entrer dans une matière détachée des certitudes

et des petits horizons caduques de la pensée déjà pensée

il s’agit

par un bond

conceptuel et non-conceptuel

théorique et pratique

joyeux et déterminé

d’ici même sentir par une pensée non prédictible

que nous sommes en plein dedans

 

 

 


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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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