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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 20:06

Le poème est fait tout de silence et de mots arrachés difficilement à la pesanteur d’un monde clos et sans lumière. Le cri qui s’en dégage n’est pas tant un cri de révolte et de combat que le cri d’un nouveau né balbutiant ses premières paroles. Il s’agit bien de se faire homme, à chaque instant, sans relâche. Il s’agit bien d’arracher au discours, au silence, à la nuit, le mot le plus dur, pas tant pour le jeter à la figure que pour le poser devant soi et se dresser face à la mort, comme un homme. Le geste, on le sait, n’est que le prolongement d’un mot plus écouté qu’un autre, le corps n’est pas tant fait de muscles, d’eau, et de sang, que de borborygmes  et autres synonymes saillants  au cœur du langage. Aussi est-il urgent de proférer ces paroles qui font se dresser les corps. Aussi est-il urgent de poser sur l’abîme un mot fait de chair, et se tenir là plus vivant qu’auparavant, moins faux, moins courbé, dégagé pour un temps de la voix des sirènes et autres illusions merveilleuses de la caverne. Dire du poème qu’il est obscur est un contresens, il n’y a rien tant que le poème pour être en quête de lumière, rien tant que le poème pour faire se tourner le visage de l’homme vers le soleil et c’est d’un trait de lumière, trait d’esprit s’il en est, que le poème s’attache à pourfendre les marchands du temple et autres discours qui crient bien trop fort pour être honnêtes. Pour autant, le cri du poème n’est pas tant un cri de révolte et de combat que le cri d’un nouveau né au jour, aussi le poème ne cherche-t-il pas tant à chasser les ombres qu’à se tourner vers la source de la lumière et vivre au plus près de cette vérité qui fait de nous un homme. Le poème est celui qui crie plus vrai et plus longtemps que les autres, son cri passe outre les discours contingents, pour faire se dresser les corps et la vie.

 

Jean-David Lemarié

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Jean-David Lemarié 23/01/2011 11:21



Et la Parole dit : « Que le poème soit », et le poème fut. La Parole vit que le poème était bon et
sépara le poème du langage. La Parole appela le poème « jour » et le langage « nuit ».


 


Dominique Sampiero, in Celui qui dit les mots avec la bouche



Pascale 20/01/2011 18:57



Le geste, on le sait, n’est que le prolongement d’un mot plus écouté qu’un autre, le corps
n’est pas tant fait de muscles, d’eau, et de sang, que de borborygmes  et autres synonymes saillants  au cœur du langage. Aussi est-il urgent de proférer ces paroles qui font se dresser
les corps. Aussi est-il urgent de poser sur l’abîme un mot fait de chair,


 


Ah oui, alors ! Bien vu !



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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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