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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 13:57

 

 

Philippe Jaffeux vient de publier Courants blanc, aux éditions L’Atelier de l’agneau. Toujours dans la lignée de son Alphabet, sa somme poétique et cosmogonique autour du travail de la lettre, Courants blanc reste très marqué par le style percutant et hypnotique de Philippe Jaffeux, ce style qui fait de chaque livre de l’auteur une logorrhée chaotique mais créatrice, un magma de mots et de pensées qui donnent à entendre et à lire l’univers en mouvement.

Dans Courants blancs, « des mots se font écho l’un l’autre en vue de révéler un sens paradoxal, de créer un mouvement. Ces courants installés dans la page par séries de 26 existent seulement au présent ; l’électricité de l’alphabet court-circuite des allers-retours entre le passés et l’avenir. La figure exécutée par chacun de ses paradoxes se rapproche d’une volte-face ; une phrase s’enroule autour d’elle-même afin de construire sa propre révolte. Aucun de ces courants n’a été écrit ; ils ont tous été enregistrés avec un dictaphone numérique. »

Comme toujours, l’entreprise de Philippe Jaffeux se révèle ambitieuse, puisqu’elle est une mise en danger de soi-même et de la pensée par l’écriture de la tension. Ces courants sont, à tous points de vues, des courants de pensées, de véritables charges électriques se mettant en mouvement au contact les unes des autres. L’utilisation du dictaphone est d’ailleurs révélatrice d’un passage à un autre espace, pour l’écriture de Philippe Jaffeux : la poésie n’est plus dans l’écriture, mais dans le son, la vibration, les variations électriques générant des ondes de pensées. Les thèmes de la foudre et de l’électricité reviennent d’ailleurs très souvent : « L’électricité alimente la source de l’alphabet grâce à la nature d’un vide foudroyant. » (page 5, qui est la première page du livre).

Tout le livre de Philippe Jaffeux est une tentative de mise en contact des opposés, visant ainsi à créer un champ électrique mettant en mouvement l’alphabet. Ce travail sur la lettre, toujours, ainsi que les questionnements récurrents sur le mot, le langage, et la place de l’individu dans tout cela, deviennent ainsi une tentative de saisir le mouvement de la langue et du mot : l’aphorisme – parce que Courants blancs est bien une suite d’aphorismes – se fait ainsi condensé d’énergie, une énergie qu’il faut saisir puisqu’elle est une mise en tension de la langue, cette langue créatrice, foudroyante, lumineuse. Cette langue qui est celle de Philippe Jaffeux.

 

                                                                                                    Yannick Torlini

 

 

 

Philippe Jaffeux, Courants blancs, L’Atelier de l’agneau éditeur, 2014.

16 €

 

 

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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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