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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 17:34

 

 

 

il y a quelque chose qui pue dans ce monde. là où l’on n’attendait plus rien, ou peut-être seulement le silence et le vide, dans ce monde, seulement le désastre contenu et accepté, comme cloîtré entre quatre murs. quelque chose qui était pourtant fort presque intenable, qui s’est arrêté, qui s’est sclérosé, qui a pourri, qui s’est mis à puer pour s’étendre au reste du vivant, du vivable, du vécu. tout ce que plus personne ne peut, dire, quelque chose pue et jusque dans la bouche, dire, jusqu’à notre façon de parler/penser/trouer. dire ça s’est arrêté, quelque chose s’est arrêté un jour dans la bouche, quand, on ne sait plus, mais ça s’est bloqué, on ne sait plus et ça a patienté jusqu’à la dessiccation, jusqu’à la langue et au-dessus de la langue, le langage. on ne sait pas ce que c’est que le langage, où ça va, d’où ça vient, par quoi ça passe. par où ça atterrit le langage. par où ça sort s’échappe dire. il y a quelque chose de magique là-dedans, quelque chose qui pue mais qui est magique et tragique, dans le fait de ne pas savoir, de dire et de ne pas savoir, d’attendre seulement, de ne pas savoir d’imaginer de constater l’impossible, de ne pas savoir, ou d’aller parfois creuser un peu, avec les mains, les doigts, les ongles, l’os et la fatigue. mais de ne pas savoir. il y a quelque chose de magique dans ce doute, cet aveuglement, dans le fait de penser. le langage est à la fois en-dessous et au-dessus de nous, comme une terre, comme la pierre sur le visage. on ne sait pas où c’est, ce que c’est, d’où ça vient et pourtant quelque chose s’est mis à puer, à se scléroser, le corps qui ne parle plus quand je parle qui ne parle plus, le corps. quand je parle. où commence, où s’arrête le corps et ses virtualités, quand je parle, qu’est-ce qui peut devenir moi, qu’est-ce qui peut s’incréer dans ma respiration, s’incrier. le corps n’a aucune limite, la langue, le langage viennent de plus loin, et pourtant ils sont tout au fond du corps, tout au fond de cette idée du vivant, tout au fond de la viande, dans la limite sans limites. on ne sait pas ce que sont la chair l’os le poumon sinon un langage venu d’on ne sait où, on ne sait pas ce que c’est, on constate seulement, qu’une syntaxe s’est créée. on essaie de faire que les choses bougent, cessent de puer, dans la langue, le cœur, les bras et les jambes, que les choses bougent un peu, s’activent, changent, se déséquilibrent. on n’est que la langue, on agit par elle, on pense par elle, elle nous dépasse elle est notre seule transcendance, trouer le réel c’est trouer les mots, et la pensée, et notre façon d’aimer aussi, un peu. vivre c’est vivre dans la phrase et ses limites inacceptables, et pourtant quelque chose pue mais nous patientons. nous cherchons, nous créons. cela fait des siècles que l’on crée des choses, que l’on essaie. la langue c’est ça aussi, c’est essayer, c’est réinventer le politique par la poétique, créer de nouveaux trous dans le réel, de nouveaux alphabets qui ne tiendront jamais. c’est ça aussi, rendre la langue boiteuse, l’empêcher de se tenir trop à genoux. la langue on ne sait pas d’où ça vient, c’est dans la bouche parfois ailleurs, ce n’est qu’un monde parmi tant d’autres, une façon d’aimer parmi toutes les façons d’aimer.

 

 

 

 

 

*Théorie du Grand Rien de Pierlyce Arbaud, Éditions Vermifuge/ Collection 1 ; 2013 ; 193 pages. Version papier : 16,00 € ; version numérique : 8,00 €.

 

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  • : Tapages, c'est les attardés de l'avant-garde. Tapages, c'est du réchauffé, parce que la cuisine c'est pas notre truc. Tapages, c'est ceux qui croient qu'on a encore un corps en état de fonctionner. Tapages, c'est ceux qui pensent que le poème est un corps en action.
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